​SSQ, une tradition qui se poursuit (1985-1990)

 

 

Avec un actif de 288 millions de dollars et un avoir de 18 millions de dollars, en 1984, SSQ écrit un nouveau chapitre de son histoire.

En 1984, le gouvernement du Québec devient le premier au Canada à se lancer dans la voie du « décloisonnement », qui vise à éliminer les barrières entre les quatre piliers du système financier (banques, assureurs, sociétés de fiducie et courtiers en valeurs mobilières). Cette décision s'inscrit dans le courant du néolibéralisme économique et de l'émergence du « Québec inc. », c'est-à-dire des entreprises développées par des francophones avec des capitaux provenant d'institutions publiques telles que la Caisse de dépôt et placement du Québec et la Société générale de financement, ou de programmes comme le Régime enregistré d'épargne-actions, et de fonds privés tels que le Fonds de solidarité des travailleurs du Québec.

Reconnue comme le spécialiste de l'assurance collective et le leader de l'assurance maladie, la Mutuelle SSQ se développe dans ce contexte particulier en demeurant fidèle à ses valeurs fondamentales, en misant sur la primauté de l'usager plutôt que sur les profits, et ce, dans le respect de ses employés.

Modernisation et croissance de l'entreprise

Longtemps associée au milieu syndical, la Mutuelle SSQ se présente au début des années 1980 comme une entreprise qui offre ses services à l'ensemble des citoyens du Québec. Elle effectue d'ailleurs une percée significative dans les groupes d'association en 1982. Ce milieu institutionnel est sollicité par le biais des actuaires-conseils et des courtiers. La notoriété de l'entreprise de Québec, fondée d'abord et avant tout sur la qualité de son service, s'accroît à la faveur du nationalisme économique qui lui attire de nouvelles clientèles. Par contre, en raison de sa nature mutualiste, elle dispose de moyens financiers limités pour assurer son développement. À l'échelle canadienne, elle fait figure de parent pauvre dans une industrie dominée par les « Life », c'est-à-dire les grandes mutuelles contrôlées par des anglophones. Ces dernières comptent en effet sur des avoirs accumulés depuis plus d'un siècle et gèrent des actifs importants.

Développer les affaires en maintenant la qualité du service

Directeur général depuis 1977, Léopold Marquis met l'accent sur l'innovation technologique afin de maintenir la réputation du service de SSQ. Un nouveau système d'administration des prestations d'assurance salaire est mis en place en 1984. Le service à l'assuré est plus rapide et les responsables des groupes disposent désormais de rapports détaillés sur lesquels s'appuyer dans le cadre de leurs fonctions1. La seconde phase du plan, réalisée en 1985, porte sur les régimes de retraite et l'assurance vie2. La modernisation des méthodes et des procédés de travail se poursuivra jusqu'au début de la décennie 1990, mobilisant le personnel de l'entreprise et exigeant des investissements importants.

Pour Léopold Marquis, ce plan de modernisation est primordial. Il écrit : « La concurrence de demain ne se fera pas seulement par référence à la qualité du produit d'assurance comme tel mais tout autant sur la façon d'offrir ce produit à la clientèle3. » SSQ n'est évidemment pas la seule compagnie d'assurance à améliorer ses systèmes informatiques à l'époque. Par contre, sa spécialisation en assurance groupe requiert des moyens techniques et administratifs très sophistiqués, pour faciliter l'enregistrement des choix de protection des adhérents et la modification des dossiers, leur fournir des informations précises au besoin, et ce, en réduisant au minimum les frais pour les assurés. Ce gain d'efficacité rend possible l'augmentation du volume d'activités de l'entreprise, qui sera obtenu notamment par la diversification.

Essais de diversification des activités et des placements

En cherchant à diversifier ses activités, SSQ ne fait que suivre une tendance de l'industrie, qui adopte cette stratégie durant les années 1980. Déjà présente dans le secteur des rentes collectives, la mutuelle lançait en 1980 « SÉCUREER », un premier produit individuel. C'est cependant la mise sur pied d'une filiale en assurances générales et l'acquisition d'une société de secours mutuels œuvrant en assurance vie individuelle qui consacrent l'élargissement du champ d'activité de l'assureur québécois.

«La concurrence de demain ne se fera pas seulement par référence à la qualité du produit d'assurance comme tel mais tout autant sur la façon d'offrir ce produit à la clientèle.»

L'assurance collective demeure la principale activité de l'entreprise. Le président Jacques de la Chevrotière le réaffirme en 1986 en commentant les changements législatifs qui permettent le décloisonnement des institutions financières :

[…] la base de notre action présente et future doit demeurer l'assurance collective. C'est dans ce domaine que nous nous sommes bâti une solide réputation de spécialiste efficace et dynamique. Il s'agit là d'un acquis précieux qu'il faut conserver et à partir duquel nous pourrons, comme nous l'avons fait en assurances générales, ouvrir de nouvelles voies au développement.4

La mission de l'organisation est redéfinie en fonction de ces nouvelles conditions.

En fait, la clientèle des grands groupes d'assurés des secteurs public et parapublic, qui a fait le succès de SSQ, constitue aussi son talon d'Achille. Ainsi, en 1982, l'entreprise perd un groupe majeur, la Centrale de l'enseignement du Québec. Cela se traduit par une diminution substantielle des revenus. C'est un dur coup pour l'entreprise qui a toujours entretenu de très bons rapports avec les leaders syndicaux. Jean-Claude Tremblay, directeur général adjoint à la vente, se promet bien de récupérer ce groupe avant de prendre sa retraite, ce qu'il réussira effectivement à faire en 1989.

L'entreprise est aussi tributaire de son expérience actuarielle avec ces mêmes groupes. Les relations continues avec ceux-ci lui permettent de mieux évaluer les risques lors du processus des soumissions. Par contre, un groupe ayant présenté peu de réclamations dans le passé peut devenir du jour au lendemain beaucoup plus vulnérable. C'est le cas de la Fédération des infirmières et infirmiers du Québec au tournant de 19905. Les restrictions budgétaires gouvernementales entraînent une détérioration soudaine des conditions de travail dans le milieu de la santé. En effet, les dépenses du secteur santé et adaptation sociale, en pourcentage du produit intérieur brut, sont réduites de 0,5 % de 1984 à 1989, alors que la productivité de la main-d'œuvre dans les centres hospitaliers s'accroît de 3,8 %6. L'augmentation de la charge de travail combinée à la précarité des emplois se répercute sur les prestations versées, notamment en assurance salaire de longue durée.

La diversification des activités de SSQ apparaît comme une nouvelle étape du développement de la mutuelle. Longtemps cantonnée dans l'assurance santé, SSQ recevait des primes des groupes de syndiqués et leur versait presque aussitôt l'essentiel des montants perçus sous forme de prestations. L'ajout de l'assurance salaire et des rentes à la gamme des produits offerts l'amène cependant à accumuler des réserves de plus en plus importantes pour être en mesure de faire face à ses engagements à long terme envers les assurés. Les placements deviennent donc plus importants. Marcel Poulin, embauché en 1968 comme contrôleur financier, gère aussi les placements. À compter de 1970, ils seront administrés par un comité formé de gestionnaires, d'administrateurs et de ressources externes. Les fonds placés passent de 6 à 67 millions de dollars en dix ans et ils atteignent 531 millions de dollars en 1988. À cette date, plus de 40 % des primes proviennent des régimes de rentes et de l'assurance vie alors que ces deux garanties représentaient moins de 22 % des primes perçues en 1976 (voir le tableau suivant).

Répartition des primes perçues par genre de garanties

(en millions de $)

  1976 1980 1984 1988
Régimes de rentes 1,8 15,4 23,1 50,9
Assurance vie 6,1 12,4 20,2 29,0
Assurance invalidité 10,1 21,8 34,5 43,2
Assurance maladie 18,3 22,9 34,2 52,5
Soins dentaires   2,2 6,9 17,5
Total 36,3 74,7 118,9 193,1

En 1976, au moment où le portefeuille de placements de la mutuelle était encore composé à plus de 80 % d'obligations municipales, scolaires et d'institutions hospitalières, procurant un rendement intéressant et sécuritaire, le comité de placements amorce une réflexion sur la possibilité d'offrir des prêts hypothécaires7. Après approbation du conseil d'administration, SSQ va de l'avant et ses activités de prêts hypothécaires débutent en 1980. À la fin de 1984, 386 prêts totalisant 43,5 millions de dollars avaient été consentis aux membres et à la population en général8. Cinq ans plus tard, les hypothèques contribueront pour un tiers aux revenus de placements de SSQ. Le renforcement de la présence à Montréal par l'ouverture, en 1984, d'un bureau sur le boulevard René-Lévesque n'est pas étranger à cette croissance9.

L'accent mis par le comité de placements sur le secteur immobilier à compter de 1980 est également à l'origine de la création d'une société immobilière en 1982. Le président Jacques de la Chevrotière explique : « Ce genre d'activités produit généralement un rendement supérieur à celui qu'on peut attendre d'autres formes de placements et l'augmentation de la valeur marchande de ces biens immobiliers constitue normalement une protection de l'investissement contre les effets de l'inflation10. » La Société immobilière SSQ inc. dispose d'un budget qui lui permet d'acquérir ou de superviser la construction d'immeubles. En quelques années seulement, le parc immobilier de la filiale, qui est présidée par Conrad-F. Johnson, s'enrichit ainsi de plusieurs édifices prestigieux, dont les complexes Samuel-Holland, à Québec, et Papineau-Lévesque, à Montréal. À la fin de 1990, la Société loue 1 020 logements résidentiels et 675 000 pieds carrés d'espaces commerciaux11. Cette même année, elle mène à bien un important projet, soit l'érection de la Tour des Laurentides qui s'ajoute à la Tour Saint-Laurent, doublant ainsi la superficie du siège social sur le boulevard Laurier à Québec.

Après le prêt hypothécaire et la gestion immobilière, SSQ étend ses activités à l'assurance générale. C'est à la demande des assurés eux-mêmes, en particulier de la Fédération des affaires sociales de la Confédération des syndicats nationaux (CSN)12, que SSQ se lance dans un nouveau créneau de l'assurance, soit les assurances générales (auto et habitation) en 1986. La mutuelle s'engage donc dans ce secteur marqué de soubresauts et où la concurrence est féroce13. SSQ adopte une politique de mise en marché collective en signant des protocoles d'entente avec des groupes, dont les membres sont ensuite sollicités par des agents souscripteurs, qui leur offrent des protections adaptées à leurs besoins14. Le premier groupe recruté est formé d'employés de la compagnie Québec Téléphone15.

«Si j'ai joint SSQ pour le défi, je suis resté pour les valeurs !»

Au Québec, le secteur des assurances générales a longtemps été dominé par des compagnies britanniques et américaines opérant strictement sur une base d'affaires, c'est-à-dire en se contentant de percevoir les primes et de verser les indemnités aux assurés. Les membres de SSQ avaient l'impression qu'ils pourraient être mieux servis par leur mutuelle que par ces institutions étrangères. Toutefois, certains hauts dirigeants étaient hésitants à développer ce créneau. Le président Jacques de la Chevrotière était gagné à l'idée, mais il souhaitait que la filiale en assurances générales s'attaque d'abord au marché de Québec où l'entreprise était solidement enracinée. Celui qui avait été choisi pour prendre la direction, Pierre Genest, voyait de meilleures chances de succès à Montréal, car la région de Québec était déjà desservie par Desjardins, La Capitale et L'Industrielle. Le recrutement de candidats pour la vente par téléphone, qui devenait populaire à l'époque, risquait d'être plus difficile dans la région de la Capitale-Nationale.

« Tout était à bâtir ! », explique Pierre Genest16. Ce dernier, actuaire de formation, construit son équipe autour de son collègue René Hamel, qui devient directeur général adjoint et accepte avec enthousiasme le défi de démarrer cette nouvelle société d'assurance. « Dans une vie, c'est une occasion unique. », précise ce dernier. Mais il ajoute aussitôt : « Si j'ai joint SSQ pour le défi, je suis resté pour les valeurs ! » Le défi est à la mesure de l'énergie de ces deux hommes qui doivent faire aussi bien que les compétiteurs, avec des moyens modestes. La filiale démarre avec un capital de trois millions de dollars, qui est porté rapidement à quatre millions pour lui permettre de prendre de l'expansion.

De septembre 1986 à avril 1987, les deux hommes s'affairent à bâtir SSQ, Société d'assurances générales inc. avec quelques collaborateurs clés. Pierre Genest s'occupe du financement et du développement des affaires en signant les protocoles avec les groupes, pendant que René Hamel met en place les systèmes administratifs, les programmes de réassurance et monte une équipe de télémarketing. Un système informatique développé à Toronto est acquis pour la modique somme de 100 000 dollars, SSQ prenant à sa charge d'en produire une version française. Une chance inouïe pour l'entreprise, mais comportant une part de risques, le système n'ayant jamais été rodé. Il sera finalement utilisé durant un quart de siècle !

Les opérations débutent avec une dizaine d'employés. Les premiers clients ne sont pas trop difficiles à trouver étant donné que l'on offre les nouveaux produits d'assurance auto et habitation aux groupes de la compagnie mère. Établie dans une optique stratégique de fidélisation de la clientèle, la filiale enregistre des surplus d'exploitation plus tôt que prévu, soit dès 1991. Les primes souscrites cette année-là sont en hausse de 47,8 % et SSQ, Société d'assurances générales inc. compte plus de 23 000 assurés17. Le personnel comporte maintenant une cinquantaine d'employés.

Pendant que Pierre Genest organise la nouvelle filiale en assurances générales, SSQ franchit une nouvelle étape dans son plan de diversification par l'achat des actifs de Les Assurances La Mutualité, société de secours mutuels18. L'entreprise, qui regroupe seize employés à son siège social de Sainte-Foy et un réseau de distribution de treize représentants, s'ajoute aux filiales de la Mutuelle SSQ à la fin de 1987, sous un nouveau nom.

La Mutualité, Société d'assurance-vie inc. bénéficie d'un apport de capitaux facilitant son expansion et SSQ concrétise sa volonté d'offrir des produits individuels d'assurance-vie grâce à un personnel administratif et un réseau de distribution établis, et en obtenant un certain volume d'affaires (78 000 certificats émis pour une valeur totale de 266 millions de dollars)19. La société mère y investit une somme de trois millions de dollars et profite du départ à la retraite du directeur général pour remplacer les cadres et procéder à une vaste restructuration20.

La modernisation de l'entreprise passe aussi par l'amélioration de l'équipement informatique et la mise au point de nouveaux produits. Enfin, plusieurs dizaines de courtiers se joignent aux agents exclusifs de La Mutualité. Ces mesures contribuent à la croissance de la filiale qui affiche des résultats plus que respectables, tant en termes de polices d'assurance en vigueur que de contribution aux surplus.

En 1988, SSQ acquiert une participation importante dans Services Financiers Capital Inc. qui offre des services professionnels de planification financière ainsi que des produits adaptés à des besoins spécifiques21. La diversification s'étend même à l'extérieur du secteur financier, en 1990, avec un investissement de trois millions de dollars en actions privilégiées dans le Groupe Polycor inc., qui contrôle 100 % des actions de la Société minière Polycor inc. engagée dans l'extraction de granit et sa distribution un peu partout dans le monde. Cet apport de capital permet à celle-ci d'acquérir Granit Bussière inc., entreprise active dans la transformation du granit pour l'industrie de la construction22.

En 1990, les trois filiales, la Société immobilière SSQ inc., SSQ, Société d'assurances générales inc. et La Mutualité, Société d'assurance-vie inc., contribuent pour seulement 6,5 % des revenus de 332 millions de dollars de SSQ, Mutuelle d'assurance-groupe23, et représentent 13,5 % des actifs de 781 millions de dollars. Malgré la diversification des activités, l'assurance collective demeure l'activité principale de SSQ. Cette évolution s'accompagne également de changements majeurs à la structure organisationnelle.

Évolution de la structure organisationnelle

L'avoir propre des mutuelles d'assurance provient à peu près exclusivement des surplus générés par leurs seules opérations régulières. La vive concurrence que se livrent les très nombreuses compagnies et l'augmentation régulière des coûts limitent les surplus dégagés d'année en année. Plusieurs misent donc sur le décloisonnement pour accroître leurs sources de revenus, et ce, avec plus ou moins de succès. En 1990, SSQ collabore aux travaux du Groupe de travail sur le financement des mutuelles mis sur pied par le gouvernement du Québec pour étudier les problèmes de capitalisation des mutuelles québécoises et formuler des recommandations. Dans son rapport déposé en octobre 1990, le comité présidé par Raymond Garneau propose de créer une corporation de financement autorisée à émettre aux mutuelles québécoises des titres à long terme garantis par le gouvernement24. Mais le législateur n'y donnera pas suite et cette suggestion restera lettre morte.

En 1989, SSQ, Mutuelle d'assurance groupe se prévaut, à son tour, de la Loi modifiant la Loi sur les assurances et d'autres dispositions législatives de 1984 pour mettre sur pied un holding pour financer son développement. Après La Laurentienne et d'autres mutuelles québécoises, elle a recours à ce nouveau mécanisme, qui lui permet de s'associer à des partenaires pour le financement de projets spécifiques. La Financière SSQ inc. se porte alors acquéreur des trois filiales de SSQ, Mutuelle d'assurance groupe : la Société immobilière SSQ inc., SSQ, Société d'assurances générales inc. et La Mutualité, Société d'assurance-vie inc. Le président et chef de la direction, Jacques de la Chevrotière, et le chef de l'exploitation, Pierre Genest, de la nouvelle entité Financière SSQ rassurent les membres en ces termes : « SSQ, Mutuelle d'assurance-groupe est le seul actionnaire de la Financière SSQ et, en vertu des dispositions de la Loi, elle devra en être toujours l'actionnaire majoritaire25. » SSQ demeure donc une société de personnes et non de capitaux.

L'équipe de SSQ

Dirigé par deux spécialistes des relations industrielles, administré par un conseil où siègent des représentants syndicaux (la moitié des postes) et desservant une clientèle formée de salariés, SSQ accorde une importance particulière à son personnel. Quant aux nouveaux cadres supérieurs, ils arrivent dans l'entreprise avec une meilleure formation, mais le même enthousiasme que ses fondateurs.

Le personnel

Le personnel constitue le fondement de la qualité du service aux assurés. Les ressources humaines sont du ressort de Maurice Savoie à compter de 1977 et jusqu'en 2004. Ce spécialiste des relations industrielles, le plus jeune cadre de l'entreprise au moment de son embauche comme directeur adjoint en 1971, fait le pont entre la génération des bâtisseurs de l'entreprise et ceux qui prennent leur relève. De 1984 à 1991, le nombre d'employés de SSQ fait plus que doubler pour se situer à 660. Ils sont regroupés pour la plupart au siège social du boulevard Laurier.

Après la grève de 1971, les conditions de travail s'améliorent de façon significative. Des échelles salariales sont adoptées et rendent l'entreprise plus attrayante pour les représentants et le personnel de bureau, car les différentes compagnies d'assurance de la région de Québec se disputent les mêmes candidats. Sans aller jusqu'à la cogestion de l'entreprise, réclamée par certains à l'époque, la direction met l'accent sur la communication avec ses employés, ce qui renforce le sentiment d'appartenance à l'organisation. Le respect mutuel permet de faire face aux défis majeurs liés aux changements technologiques des années 1980, en particulier celui du recyclage du personnel, et au développement très rapide de l'entreprise. Ainsi, l'arrivée de nouveaux groupes totalisant plus de 100 000 nouveaux membres en 1989 met à rude épreuve la capacité d'adaptation des ressources humaines26. Malgré l'embauche de nouveaux employés, ce développement entraîne un surcroît de travail, qui ne perturbe cependant pas trop le cours normal des activités27. Il est facile de motiver le personnel en période de croissance !

Le dynamisme de l'entreprise explique aussi pourquoi elle parvient à recruter des cadres provenant des autres assureurs de la région de Québec. La création d'un corps d'emploi de professionnels en 1984 marque le début d'un mouvement vers une meilleure reconnaissance de leurs compétences. La décision n'est pas sans soulever l'opposition du syndicat représentant les employés de bureau, qui craint une « érosion syndicale ». À l'époque, une douzaine de spécialistes en finances, actuariat, administration, informatique sont employés par SSQ, mais on souhaitait en recruter davantage dans l'avenir. Afin de se situer par rapport à l'industrie des assurances, Maurice Savoie s'appuie sur des enquêtes salariales pour fixer la rémunération des cadres. Toutefois, son principal argument d'embauche demeure la possibilité de se joindre à une équipe enthousiaste dans une entreprise en pleine expansion28.

Dans un contexte où les Québécois ont apprivoisé le monde des affaires, SSQ cherche alors des candidats qui souhaitent relever le défi du développement d'une mutuelle d'assurance collective issue d'un quartier populaire du Québec des années 1940.

La fidélité à l'entreprise, tant chez les employés que chez les cadres, s'explique de plusieurs façons. Le fait que les représentants, les employés de bureau et, un peu plus tard, les professionnels aient été syndiqués est un facteur de rétention dans une industrie où la syndicalisation est peu répandue. « Les conditions de travail ont toujours été très bonnes », précise Jean-Claude Tremblay qui entre chez SSQ en 1960 comme représentant et y consacrera plus de 32 ans de sa vie29. Il ajoute : « En général, la plupart des employés sont entrés chez nous pour faire carrière chez SSQ […]. Des employés ont 30, 35, 40 ans de service. » Les statistiques confirment ses dires. Ainsi, en 1994, 12 % des 495 employés réguliers comptaient au moins 25 ans de service30. Mais le facteur le plus important, c'est le sentiment d'appartenance. « Nous considérions SSQ comme notre propre entreprise » conclut Jean-Claude Tremblay.

Les principaux cadres supérieurs

SSQ se distingue des autres assureurs québécois par son principal créneau : l'assurance collective. Dans les années 1980, plusieurs des détenteurs de postes clés possèdent une formation en sciences sociales ou ont été, comme Jean-Claude Tremblay, fortement imprégnés des valeurs coopératives. Durant le règne de Jacques de la Chevrotière et de Léopold Marquis, c'est l'aspect social de l'assurance qui prime sur les aspects techniques et financiers. Les années 60 et 70 voient l'arrivée des premiers actuaires chez SSQ. Ces derniers vont prendre de plus en plus d'importance au cours des années suivantes.

 

M. Jacques de la Chevrotière
Directeur général
(octobre 1949 – mars 1977)
Président du conseil d'administration
(mars 1977 – octobre 1990)

Jacques de la Chevrotière : un homme qui a profondément marqué SSQ

De 1977 à 1990, Jacques de la Chevrotière préside le conseil d'administration de la Mutuelle SSQ. Résidant à Sorel, il assiste aux réunions, mais laisse beaucoup de latitude à la direction générale. C'est un homme très respecté. Son départ est souligné par une cérémonie lors de l'inauguration de la Tour des Laurentides au siège social et son successeur, Yves Demers, ne manque pas de lui rendre hommage dans le rapport annuel :

Associé à SSQ depuis les toutes premières années de la Société, monsieur de la Chevrotière en aura profondément marqué l'histoire.

Tour à tour, directeur général, président puis président du conseil et chef de la direction, il aura, pendant ses quelque quarante années de service, réussi à inculquer, nourrir et promouvoir un esprit mutualiste et coopératif très particulier, omniprésent dans l'entreprise.

Profondément attaché à la promotion de son milieu, il laisse un groupe d'entreprises dynamiques, bien ancrées dans le tissu socio-économique québécois et dont le caractère démocratique est évident. Il en confie les destinées à des dirigeants et des employés recrutés par ses soins et imprégnés de la philosophie de service qu'il semait autour de lui.31

Lors de son décès survenu en avril 2011, Pierre Genest a souligné l'importance de cette homme d'exception :

Déterminé et innovateur, M. de la Chevrotière a mené de front plusieurs combats qui ont permis à SSQ de devenir l'entreprise qu'elle est devenue aujourd'hui. Tout au long de sa carrière, il a démontré qu'il était un bâtisseur et un innovateur, très généreux de sa personne32.

 

M. Léopold Marquis
Président-directeur général
(mars 1977 – novembre 1991)

Léopold Marquis : une belle carrière chez SSQ

Léopold Marquis étudie en relations industrielles et en sociologie à l'Université Laval. Comme beaucoup de diplômés en sciences sociales à l'époque, il est séduit par le modèle coopératif. En 1958, il accepte un emploi aux Services de Santé du Québec (SSQ) plus par idéal que par ambition. Il y occupe le poste de directeur du personnel et il y a 60 employés à l'époque.

Léopold Marquis devient ensuite directeur adjoint afin d'assister Jacques de la Chevrotière. Au départ de ce dernier, en 1977, il lui succède. Léopold Marquis aborde cette lourde responsabilité avec un peu d'appréhension. En effet, l'état des finances n'est guère plus reluisant qu'au début des années 1960. « Plus on se développait, plus les problèmes étaient criants », confie-t- il. Étant donné que l'entreprise mutuelle n'a pratiquement aucun avoir propre, elle ne peut compter que sur ses surplus pour investir dans son développement. Outre la diversification des activités, c'est à la modernisation technologique que restera associé le nom de Léopold Marquis.

Après une carrière de 33 ans, le président et chef de l'exploitation de SSQ se retire à la fin de l'année 1991, passant le témoin à celui qui insufflera un nouvel élan à l'organisation, Pierre Genest.

Léopold Marquis est décédé le 19 juin 2013. René Hamel, président-directeur général de SSQ Groupe financier lui a alors rendu un vibrant hommage :

Homme intègre, homme de passion, homme de conviction et de valeurs humaines incontournables, travailleur infatigable, patron à la fois exigeant, mais également généreux, équitable, fidèle et surtout grand, très grand coopérateur. Le plus grand coopérateur de l'histoire de SSQ. Voilà ce que tous m'ont dit. Voilà ce que nous tous, qui l'avons connu, disons33.

 

M. Pierre Genest
Président-directeur général
(novembre 1991 − décembre 2001)
Président du conseil d'administration
(depuis avril 2006)

Pierre Genest partage les valeurs chères à SSQ

Pierre Genest succède à Léopold Marquis avec le titre de président et chef de l'exploitation. Diplômé en actuariat de l'Université Laval, il se définit comme un homme de gauche, ce qui est assez peu courant dans cette profession. Pierre Genest partage en effet les valeurs d'entraide, de solidarité et de justice sociale34 si chères au milieu coopératif et mutualiste, et il est également à l'aise avec les syndicats. Il cadre donc très bien avec l'entreprise à laquelle il se joint en 1986.

Il en est de même de Richard Bell, qui était conseiller dans les dossiers de la sécurité sociale au Conseil exécutif du gouvernement du Québec, avant d'être embauché par SSQ en 1987. Étudiant à l'Université Laval, Richard Bell rêvait déjà de travailler en assurance collective, pour les syndicats35. Le jeune actuaire dans la trentaine devient directeur de l'actuariat assurance, tandis que Serge Boiteau est directeur de l'actuariat corporatif. Dans le nouvel organigramme établi en 1991, Richard Bell est promu vice-président assurance collective. Jacques Desbiens, un autre actuaire qui dirige La Mutualité, obtient le poste de vice-président assurance vie. Avec René Hamel, qui a lui aussi une formation en actuariat, comme président et chef de l'exploitation de SSQ, Société d'assurances générales inc., tous les postes stratégiques sont donc occupés par des experts dans les assurances36. Héritiers d'une entreprise fondée sur des valeurs sociales, ils devront désormais concilier celles-ci avec des impératifs de rentabilité.

 

M. Yves Demers
Président du conseil d'administration
(novembre 1990 – avril 2006)

Yves Demers rallie les forces vives de SSQ

C'est Yves Demers, notaire de profession et secrétaire de l'organisation depuis 1978, qui prend la relève à la présidence du conseil. Recruté par Léopold Marquis, qu'il avait côtoyé lors d'une campagne de Centraide, il entre en fonction le 1er novembre 1990. Jacques de la Chevrotière voit en lui un candidat capable de rallier les forces vives de l'entreprise. Il accepte de relever le défi, en s'y consacrant à mi-temps d'abord, puis bientôt à plein temps. « Le président doit être constamment au courant de ce qui se passe et non pas l'apprendre en même temps que tout le monde aux séances du conseil »37, explique-t-il. Yves Demers a la lourde responsabilité de faire passer SSQ à travers les écueils qui surgissent à compter de 1991. Lui et Pierre Genest, dont il avait recommandé l'embauche en 198638, travailleront en étroite collaboration au sauvetage, puis à la relance de SSQ.

Les administrateurs de la Mutuelle SSQ sont, pour une moitié, des permanents syndicaux représentant les grandes centrales, mais également le Syndicat des fonctionnaires provinciaux et le Syndicat des professionnels du gouvernement du Québec. Les autres postes sont répartis entre des personnes issues de divers horizons : mouvement coopératif, milieu des affaires, universités, secteurs public et parapublic, etc. Certains siègent aussi au conseil d'administration des filiales de SSQ. C'est évidemment la sécurité des assurés et des épargnants qui demeure la principale préoccupation de SSQ. Cependant, la conservation des emplois et le respect des employés sont aussi des considérations très importantes pour les dirigeants. Cela contribue à la qualité du service et fait partie intégrante de la culture d'entreprise, au même titre que le maintien des valeurs mutualistes.

« SSQ, telle qu'elle est aujourd'hui, illustre le succès que peut connaître le consensus entre des personnes issues de milieux très différents mais unies par la poursuite d'une action économique dans un domaine d'intérêt commun. »

La Mutuelle et les membres : « L'esprit d'entreprise populaire »

C'est sous le thème « Les valeurs humaines au cœur d'une force économique et populaire » que l'on souligne les 40 ans des Services de Santé du Québec dans le rapport annuel de 1985. Et on peut y lire : « SSQ, telle qu'elle est aujourd'hui, illustre le succès que peut connaître le consensus entre des personnes issues de milieux très différents, mais unies par la poursuite d'une action économique dans un domaine d'intérêt commun39 ». L'entreprise mutualiste ne se limite pas à bien servir les intérêts de ses centaines de milliers de membres, mais participe aussi activement au rayonnement du mouvement coopératif et à la vie communautaire.

Les assemblées régionales et les séminaires

Depuis 1978, le système de représentation est axé sur la communication avec la base. Dans le cadre des assemblées régionales, les membres choisissent leurs délégués à l'assemblée générale annuelle qui, à leur tour, doivent élire le conseil d'administration par un vote libre, sans procuration. Les assemblées régionales comportent toujours un volet éducatif. Par exemple, celles de 1984 portent sur la santé et les soins dentaires.

La Société tient également des séminaires, qui sont de véritables cours sur des questions d'assurance. Ces séminaires techniques, offerts aux groupes assurés dans les différentes régions, répondent à la mission éducative de SSQ. Ils relèvent de la tradition et des convictions coopératives de SSQ maintenues bien vivantes par le président Jacques de la Chevrotière.

La vie coopérative

SSQ se dote, en 1984, d'une politique de placements hypothécaires dans le milieu populaire. C'est ainsi qu'il participe au financement de la transformation en logements sociaux du monastère des Franciscains, dans le quartier Saint-Jean-Baptiste à Québec. SSQ s'associe à d'autres intervenants pour offrir à la population des logements à loyer modique. Les prêts aux logements coopératifs et communautaires s'élèvent à 11 millions de dollars en 1985.

SSQ collabore également avec d'autres coopératives et mutuelles. Ainsi, l'appui du Mouvement Desjardins lui a permis de passer à travers les difficultés liées à la mise en œuvre du programme Pharmaxo en 1972. Durant la décennie 1980, SSQ contribue à son tour à la consolidation d'une société de secours mutuel en faisant l'acquisition de La Mutualité, qui avait fusionné auparavant deux petites sociétés de secours mutuels40. D'autres rapprochements sont envisagés au fil des années, mais ne se concrétisent pas. Bien qu'elles partagent des valeurs communes, les mutuelles coopératives sont aussi en concurrence les unes avec les autres.

L'une des plus importantes réalisations des mutuelles coopératives québécoises est très certainement la fondation de SOCODEVI, Société de coopération pour le développement international. Léonce Pelletier, président de La Mutualité et vice-président de SSQ, ainsi que Léopold Marquis, directeur général de SSQ, figurent parmi les six fondateurs de l'organisation en 1985. Outre son soutien financier, SSQ met son expertise au service de SOCODEVI. Les deux premières initiatives de l'organisme touchent le développement domiciliaire en milieu agricole à Haïti et la santé communautaire au Togo41.

Il convient également de rappeler que c'est Léopold Marquis qui avait été choisi comme président de la Société de développement des coopératives, organisme gouvernemental fondé en 1977 afin de favoriser la création et le développement d'entreprises coopératives.

L'engagement dans la communauté

Compte tenu de ses faibles surplus et de ses besoins en capitaux, SSQ peut difficilement rivaliser avec les autres organisations en ce qui a trait au soutien financier des diverses œuvres caritatives. Cependant, elle souligne son quarantième anniversaire en faisant bénéficier neuf organismes, un dans chaque région administrative du Québec, de dons pour l'achat de biens durables. L'entreprise verse aussi une contribution substantielle à l'Université Laval cette année-là.

À l'aube de la décennie 1990, la Mutuelle SSQ arrive à un tournant de son histoire. Forte de ses valeurs mutualistes, elle se distingue par des produits qui répondent aux besoins de ses membres, un service attentionné et une gestion rigoureuse. SSQ joue aussi un rôle économique important par sa seule présence comme employeur, notamment dans la région de la Capitale-Nationale, et ses placements dans l'économie québécoise. La diversification et la modernisation menées durant les années 1980 ont montré le potentiel de l'entreprise, mais ses ressources financières limitées ont hypothéqué son développement, allant même jusqu'à compromettre sa survie. Avec l'appui de nouveaux partenaires financiers et dirigée par une équipe de gestionnaires renouvelée, la Mutuelle SSQ sera en mesure de partir à la conquête de nouveaux sommets.

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  1. SSQ, 39e Rapport annuel, 1984, p. 7.
  2. SSQ, 39e Rapport annuel, 1985, p. 8.
  3. Ibid.
  4. SSQ, 41e Rapport annuel, 1986, p. 5.
  5. Rose-Line Brasset, entrevue avec Jean- Claude Tremblay, 15 novembre 2012.
  6. Léandre Nadeau, « L'allocation des ressources et son impact sur la gestion des ressources humaines dans les centres hospitaliers », p. 267-272, (page consultée le 18 juillet 2014).
  7. Line Ouellet et Marc Vallières, SSQ Mutuelle d'assurance-groupe 1944-1984. L'histoire d'un succès collectif, s.l.s.n., 1986, p. 128.
  8. SSQ, 39e Rapport annuel, 1984, p. 7.
  9. SSQ, 41e Rapport annuel, 1986, p. 7.
  10. SSQ, 39e Rapport annuel, 1985, p. 5.
  11. SSQ, Rapport annuel 1990, p. 14.
  12. Rose-Line Brasset, entrevue avec Jean- Claude Tremblay, 15 novembre 2012.
  13. Ibid.
  14. SSQ, 41e Rapport annuel, 1986, p. 15.
  15. SSQ, Rose-Line Brasset, entrevue avec Jean-Claude Tremblay, 15 novembre 2012.
  16. SSQ, Rose-Line Brasset, entrevues avec Pierre Genest, 10 décembre 2012, et René Hamel, 26 novembre 2012.
  17. SSQ, Rapport annuel 1991, p. 10.
  18. SSQ, Rapport annuel 1987, p. 6.
  19. Ibid., p. 20.
  20. SSQ, Rapport annuel 1989, p. 19.
  21. SSQ, Rapport annuel 1988, p. 11.
  22. SSQ, Rapport annuel 1990, p. 13.
  23. Appellation commerciale de l'entité juridique « Les Services de Santé du Québec ».
  24. SSQ, Rapport annuel 1990, p. 3.
  25. SSQ, Mutuelle d'assurance-groupe, Rapport annuel 1989, p. 16.
  26. SSQ, Rapport annuel 1989, p. 12.
  27. Ibid., p. 8.
  28. Rose-Line Brasset, entrevue avec Maurice Savoie, 7 novembre 2012.
  29. SSQ, Rose-Line Brasset, entrevue avec Jean-Claude Tremblay, 15 novembre 2012.
  30. SSQ VIE, Rapport annuel 1994, p. 10.
  31. SSQ, Rapport annuel 1990, p. 2.
  32. Pierre Genest, « Hommage à Jacques de la Chevrotière », Reflets SSQ (journal interne), juin 2011.
  33. Rose-Line Brasset, entrevue avec Léopold-Marquis, 25 septembre 2012. René Hamel, « Hommage à Léopold Marquis », 27 juin 2013.
  34. Rose-Line Brasset, entrevue avec Pierre Genest, 10 décembre 2012.
  35. Rose-Line Brasset, entrevue avec Richard Bell, 17 octobre 2012.
  36. SSQ, Rapport annuel 1991, p. 22-23.
  37. Rose-Line Brasset, entrevue avec Yves Demers, 2 octobre 2012.
  38. Ibid.
  39. SSQ, 39e Rapport annuel, 1985, p. 13.
  40. SSQ, Rapport annuel 1987, p. 6.
  41. SSQ, 41e Rapport annuel, 1986, p. 5.