​SSQ, spécialiste de l'assurance collective (1973-1982)

 

 

Dès le tournant des années 1950, SSQ avait pressenti les nombreuses transformations qui allaient modifier le profil de la société québécoise.

La mutuelle avait participé au débat sur les problèmes constitutionnels en 1954, puis à celui sur l'assurance-hospitalisation en 1960. Elle avait aussi fait l'expérience, en 1962, d'un programme d'assurance-maladie en région. Au fil de ces gestes et de ces discussions, SSQ a défini sa stratégie et son style : elle a décidé de travailler en superposition à l'intervention gouvernementale et d'en combler les lacunes. Cela lui semble non seulement la seule voie de survie, mais aussi le chemin de l'utilité et de la rentabilité.

Dans l'esprit de plusieurs, il importe surtout de présenter désormais SSQ comme spécialiste de l'assurance-groupe et non plus seulement comme spécialiste de l'assurance-maladie. Les assurés se verront offrir des régimes couvrant d'autres secteurs de l'assurance sur la personne, comme, par exemple, l'assurance-vie et l'assurance-salaire.

Il faut comprendre que la mutuelle, parmi ses groupes, en compte un bon nombre qui recherche des avantages sociaux élargis. En répondant à ces demandes, SSQ étend la portée des services qu'elle offre aux groupes : on y privilégie l'approche collective, parce qu'elle partage les risques et les coûts, et l'approche globale, parce qu'elle réduit les imprévus à presque rien.

Une coopération à la moderne

En principe, chaque sociétaire de la mutuelle a conservé depuis les origines un pouvoir décisionnel qu'il exerce par l'élection des administrateurs à l'assemblée générale annuelle traditionnellement tenue à Québec ou à Sainte-Foy. En pratique, cependant, comme les frais de voyage des sociétaires sont à leur charge, les membres des régions extérieures sont peu nombreux à exercer leur droit de vote. Il faudra l'assemblée houleuse de 1972 pour que ce système de représentation soit remis en question : un petit groupe, en effet, avait alors tenté de prendre le contrôle de l'assemblée...

La possibilité qu'un petit nombre d'individus puisse faire élire des « indésirables » au Conseil d'administration fut perçue comme un risque majeur. Et l'assemblée de 1972 venait d'en fournir une preuve par trop éloquente.

Le Conseil d'administration charge alors un comité spécial de réfléchir aux moyens d'améliorer le système de représentation des membres à l'occasion de l'assemblée générale annuelle. Ce comité, composé de messieurs R. Dean, V.-B. Laurin, A. Bilodeau, J.-L. Pelletier et J. de la Chevrotière, constate une distance considérable entre la théorie et la pratique : d'un côté, d'impeccables principes démocratiques; de l'autre, le fait, indéniable, qu'une poignée de membres peut effectivement s'arroger le contrôle absolu de l'assemblée1.

La Société compte, en effet, une forte proportion de membres dispersés à travers la province pour qui la présence à l'assemblée annuelle imposerait des déboursés hors de leur portée. La conclusion du comité ? Si SSQ veut à la fois le respect des principes démocratiques et une gestion stable et rassurante, elle doit attirer les membres des régions extérieures à l'assemblée générale annuelle. Donc, prendre à sa charge les frais de voyage de membres délégués par les régions.

Le comité étudie aussi l'expérience des Artisans-Coopvie dont les membres participent aussi au contrôle de leur entreprise. Dans leur cas, la participation prend la forme d'assemblées régionales où les membres élisent les délégués qui voteront en leur nom à l'assemblée annuelle. C'est cette formule que retient le comité dans le rapport qu'il remet au Conseil d'administration2. Il n'est pourtant pas possible de donner suite immédiatement à la recommandation. Ce système de représentation des membres nécessite, en effet, une modification aux règlements SSQ, modification qui requiert une loi spéciale. De plus, la tenue d'assemblées régionales entraîne des frais supplémentaires assez importants dont SSQ ne peut se charger sur-le-champ3.

En 1973, l'assemblée générale prend connaissance du rapport du comité et demande la poursuite de cette étude. « Le Conseil d'administration SSQ désire obtenir les vues des gens de la maison sur cette question »4. Un comité interne « sur la représentation des membres à l'assemblée générale » est formé, composé de messieurs L. Marquis, M. Verge, J.-C. Tremblay et de J. de la Chevrotière. Ce comité reprend la réflexion où elle en était. Il « s'est penché sur la possibilité et l'opportunité de structurer la participation à l'assemblée générale par voie de représentation des groupes sur une base régionale »5. Il étudie toutes les conséquences qu'entraînerait cette nouvelle formule de représentation des membres : le nombre de régions, le nombre de délégués, la mise en candidature, le déroulement des assemblées... En fin de compte, le comité recommande l'organisation d'assemblées régionales expérimentales. On y évaluerait l'intérêt suscité chez les membres et on mettrait à l'essai diverses modalités d'organisation.

Cette recommandation se traduit en gestes précis. De 1974 à 1976, en effet, des « comités d'assemblées régionales » se réunissent et organisent des assemblées d'information pour les membres des régions. En 1974, c'est à Jonquière et à Montréal que se tiennent les assemblées SSQ. En 1975, c'est à Trois-Rivières et à Sherbrooke et, en 1976, à Rimouski et à Rouyn. Ces assemblées visent d'abord à informer les membres quant aux services et au fonctionnement de la Société et à leur faire percevoir la présence SSQ en région6. Elles servent tout autant, cependant, d'ateliers de consultation sur les besoins, les attentes, les perceptions de ces mêmes membres. Le bilan est stimulant : les assemblées, en effet, suscitent beaucoup d'intérêt et se révèlent d'excellentes tribunes d'information et de promotion. En mars 1976, on estime les essais concluants. L'assemblée générale confie alors au Conseil d'administration le mandat d'amender les règlements de la Société et, par ricochet, le mode de représentation des membres à l'assemblée annuelle.

Cette mission est confiée à un comité d'étude « sur la représentation des membres à l'assemblée générale » qui comprend messieurs P. Vaillancourt, A. Bilodeau, A. Therrien et J.-D. Duquette. Ce comité, qui fait le point sur les recherches et les travaux antérieurs, conclut ainsi son rapport :

... que pour assurer une représentation plus complète des assurés membres de la Société, il serait souhaitable que ceux-ci puissent, au niveau d'assemblées régionales, élire des délégués qui auront en exclusivité le droit de voter lors des assemblées générales annuelles ou spéciales. Ces assemblées seraient tenues annuellement dans huit régions de la province... chaque région aurait droit au départ à deux délégués auxquels s'ajouterait un délégué supplémentaire par tranche de 5 000 assurés, avec un maximum de 20 délégués par région. Au nombre des délégués pour l'ensemble de la province s'ajouteraient les 15 membres du Conseil et ce sont ces personnes qui constitueraient l'assemblée générale à laquelle pourrait toutefois assister à titre d'observateur tout autre membre de la Société. D'autre part, tout membre de la Société serait éligible au Conseil d'administration, qu'il soit délégué ou non7.

Ces modifications au système de représentation des membres ne peuvent se faire que par amendement aux règlements SSQ. Le Conseil d'administration profite de l'occasion pour les refondre, en améliorer la forme, les rendre conformes à la nouvelle Loi sur les assurances et en modifier quelques dispositions.

Le 30 novembre 1976, une assemblée générale spéciale accueille favorablement les amendements proposés par le comité. L'assemblée autorise aussi « la Société à demander à l'Assemblée nationale du Québec que la charte de la Société soit amendée en vue de permettre la mise en vigueur de toutes et chacune des nouvelles dispositions du règlement »8. Cet amendement à la Loi de la Société recevra la sanction du législateur le 11 juillet 1977, avec, cependant, une condition : la mutuelle devra convoquer une nouvelle assemblée générale pour y faire adopter le règlement modifié. Cette assemblée se tient le 13 mars 1978, le même jour que l'assemblée générale annuelle. Ce n'est donc qu'à l'automne 1978 que les membres élisent en région les premiers délégués à l'assemblée générale SSQ.

Coopération et dialogue

SSQ entre ainsi dans une troisième étape de son développement coopératif. D'abord militante et engagée, la mutuelle a tenté ensuite une synthèse entre son statut coopératif et les exigences d'une gestion moderne et alerte. La mutuelle passe maintenant, avec la restructuration de ses assemblées régionales, à la phase de la communication avec ses membres.

Cette pratique démocratique comporte un avantage énorme : elle débouche, en effet, sur une constante amélioration des services de l'entreprise, car les membres possèdent désormais une tribune où s'exprimer. La notion de service prend ici toute sa force grâce à un véhicule approprié de transmission : l'assemblée régionale.

En plus de servir ainsi à la consultation, les assemblées régionales abordent devant les membres différents thèmes reliés au fonctionnement, au rayonnement et aux services de leur mutuelle. En 1978, on discute du « caractère coopératif de SSQ ». En 1979, l'attention porte sur « le pouvoir et les limites juridiques de SSQ, institution d'assurance ». En 1980, on traite de « la présence de SSQ dans les régions ». En 1981, du « pourquoi de SSQ » et, en 1982, des « régimes de rentes ».

Depuis 1981, SSQ organise en outre des séminaires sur l'assurance-groupe. Accessibles à tous, ils véhiculent cependant un contenu technique assez exigeant. Le premier séminaire, par exemple, portait sur la détermination des primes en assurance-groupe. Trois régions seulement en bénéficièrent. En octobre 1982, un nouveau séminaire étudie les régimes de retraite et l'inflation; il rejoint six régions du Québec. Depuis lors, la Société a organisé deux autres de ces séminaires : l'un, sur « la protection du revenu en cas d'invalidité », l'autre, sur « l'assurance-vie d'aujourd'hui : pour qui et pourquoi ». SSQ prévoit en offrir encore deux ou trois sur des sujets différents et les présenter tous, en rotation.

Les séminaires et les assemblées régionales en témoignent, SSQ, plus que jamais, se soucie d'« éducation ». On n'en est plus, cependant, à la réunion de sous-sol d'église sur l'importance de prévoir les coûts de la maladie... Les temps changent et la mutuelle agit en conséquence.

La communication avec les assurés

La clientèle de SSQ compte des groupes dont les effectifs sont répartis à travers la province : c'est le cas des assurés de la fonction publique, du secteur des affaires sociales, du milieu scolaire...

Les assurés doivent être convenablement informés et renseignés au sujet de leurs régimes d'assurance qui sont souvent complexes.

Dès 1972, SSQ mettra au point un instrument qui véhiculera à la fois l'information générale pertinente au groupe et les particularités spécifiques à l'assuré.

Un pas de plus fut franchi lorsque l'audiovisuel fut mis au service de l'explication des régimes d'assurance dans ce même type de groupe. Le représentant SSQ fournissait donc à son auditoire une information préalablement enregistrée et illustrée de tableaux.

L'essentiel est ainsi véhiculé sans risque d'oubli alors que l'explication particulière peut être obtenue de vive voix grâce au représentant sur place.

Dans un domaine plus général, SSQ diffuse depuis 1975 un bulletin sur les lois sociales provinciales et fédérales. Les interrelations entre les affaires de SSQ et les interventions étatiques furent mentionnées à plusieurs reprises dans l'évolution de la mutuelle. Elles existent aussi très concrètement dans l'élaboration et la mise à jour des régimes d'assurance dont se dotent les groupes. Aussi le Bulletin SSQ constitue-t-il un outil de référence apprécié dans le public.

Une sympathie qui se précise

Pendant que SSQ change pour mieux s'accommoder de l'intervention de l'État dans le domaine des soins de santé, d'autres aspects de son style demeurent longtemps immuables. À titre d'exemple, cette image qui l'associe au syndicalisme et au nationalisme. On ne saurait s'en surprendre : la clientèle qui a permis le réel décollage de l'entreprise était, d'abord et avant tout, issue des syndicats.

Les circonstances se chargeront de modifier quelque peu la relation entre SSQ et le monde syndical. Au début des années 1970, en effet, une crise interne affecte la CSN, à tel point qu'une scission provoque la naissance de la Centrale des syndicats démocratiques (CSD). Ce sera l'occasion pour la mutuelle non seulement d'affirmer sa neutralité et son indépendance face aux diverses centrales syndicales, mais aussi de préciser dans son image la nature fondamentale de ses liens avec le syndicalisme. Une prise de position officielle l'énonce clairement.

L'actuel Conseil d'administration SSQ est toujours d'opinion que les services offerts par la Société doivent être disponibles à tous les citoyens du Québec qui veulent s'en prévaloir9.

D'ailleurs, le milieu corporatif fait, lui aussi, appel à SSQ pour assurer certains de ses groupes.

C'est en effet au cours de 1982 que la Société a effectué une percée significative dans les groupes d'association10.

SSQ offre, en tout cas, ses différents régimes d'assurance-groupe aussi bien aux associations professionnelles et patronales, aux groupes non syndiqués et aux propriétaires d'entreprises où les employés ne sont pas syndiqués.

Ces nouveaux groupes comptent déjà en 1982 plus de 5 000 assurés et produisent à eux seuls quelques millions de nouvelles primes11.

Aujourd'hui, les corporations et les associations qui composent ce marché institutionnel permettent à SSQ d'augmenter de façon intéressante son chiffre d'affaires. Cette clientèle prend d'ailleurs suffisamment d'importance à la Société pour que la moitié de l'équipe de vente se consacre à ce milieu12. Bien sûr, on l'aborde autrement que les milieux syndicaux. Pour percer ce nouveau marché, la Société recourt à des intermédiaires — actuaires-conseils et courtiers — à qui l'on paie une commission. SSQ ne néglige pas pour autant les syndicats, secteur depuis longtemps familier.

La Société ouvre aussi de nouveaux marchés en obtenant des permis d'exploitation en Ontario, en 1980, et au Nouveau-Brunswick, en 1981. Par ces permis, SSQ ne vise pourtant pas à élargir son marché aux dimensions du Canada. Il s'agit simplement pour la mutuelle d'assurer un service complet aux groupes et aux entreprises qui ont, en plus de leurs effectifs massivement québécois, des employés dans l'une ou l'autre des provinces limitrophes.

«The main reason for which Québec Health Services apply for a licence to do business in New Brunswick and Ontario is to make it possible for the company to insure national firms having subsidiary branches, or factories in New Brunswick, Ontario and Québec.»13

L'assurance-vie individuelle, attrayante... et lointaine

Si l'assurance-groupe demeure le véritable créneau de SSQ, l'assurance-vie individuelle n'a pas pour autant été mise de côté14. Au contraire, depuis 1976, la mutuelle a exploré deux possibilités de fusion avec des compagnies œuvrant dans le domaine. Pourquoi songer à la fusion ? Parce qu'elle permet d'éviter les frais élevés qu'impliquent la mise sur pied d'un tel service et la pénétration d'un marché extrêmement concurrentiel.

Même si offrir de l'assurance-vie individuelle à ses sociétaires n'est pas une priorité pour SSQ, il n'en demeure pas moins qu'une telle activité ferait de SSQ une entreprise capable d'offrir non seulement des assurances collectives, mais aussi des formules applicables aux individus. Parmi ces services aux individus, l'assurance-vie constitue un segment fort attrayant. On comprend dès lors l'intérêt que suscite encore et toujours un tel projet.

Une croissance exigeante

La croissance des affaires de SSQ s'accompagne, nous venons de le voir, d'une meilleure circulation de l'information. Elle amène aussi une plus forte spécialisation des fonctions.

Au cours de la décennie 1970, en effet, la croissance de la Société avait amené M. de la Chevrotière à s'adjoindre M. Marquis pour le seconder. En 1977, lorsque M. de la Chevrotière quitte son poste de directeur général, alors même que la Société connaît une expansion rapide, M. Marquis, son successeur, suggère une modification à l'organigramme. Le changement implique, entre autres choses, une plus grande délégation de pouvoir aux directeurs de services. Les transformations, acceptées et même amplifiées, se concrétisent en 1978 dans une réorganisation administrative d'ensemble15.

 

Siège social de SSQ, sis sur le boulevard Laurier.

Dès octobre 1976, le changement de statut légal de la Société avait d'ailleurs affecté son administration :

Le Gouvernement du Québec a en effet décrété la mise en vigueur de la nouvelle Loi sur les assurances qui avait été adoptée par l'Assemblée nationale à la fin de 1974. L'application de cette loi signifie que notre institution est maintenant considérée comme une compagnie mutuelle d'assurance sur la vie. Les principaux effets de cette décision du législateur se font sentir au plan de l'administration et, dans l'ensemble, comportent un certain nombre d'avantages16.

D'abord secouée par les transformations du marché de l'assurance-maladie et par les ajustements que dictent les virages technologiques, SSQ parvient ensuite à stabiliser sa situation financière et à entreprendre une phase de remarquable croissance.

Les gouvernements fédéral et provincial présentent en 1973 un projet fiscal qui risque fort de pénaliser SSQ. On y isole, en effet, les revenus de l'assurance-vie, avec le résultat que la mutuelle ne pourrait plus en déduire les pertes subies dans d'autres secteurs.

Il en résulte que les pertes subies par SSQ dans ses opérations autres que l'assurance-vie ne peuvent réduire les revenus gagnés par SSQ dans ses opérations d'assurance-vie pour fins d'impôt17.

Ainsi, « cette décision de ne taxer que les opérations d'assurance-vie et d'exclure totalement de l'impôt les autres opérations d'assurance place la Société dans une situation absolument intenable. Pour la Société, il n'y a que deux possibilités qui (...) paraissent acceptables; soit qu'elle soit totalement exemptée de l'impôt sur le revenu ou que ledit impôt s'applique à l'ensemble de ses affaires18 ». Finalement, les ministères acceptent de baser leurs calculs fiscaux et leurs exigences sur le revenu d'ensemble de SSQ.

L'importance accrue des placements

Après la période difficile des années 1970 à 1973, les affaires de la Société reprennent leur essor. Les nouveaux régimes d'assurance-groupe se vendent bien. Si bien même que, dès la fin de 1975, la mutuelle est prête à rembourser l'Union régionale des Caisses populaires Desjardins du district de Québec. La mutuelle récupère son option d'achat originale sur l'immeuble SSQ19. Depuis lors, tout comme le volume d'affaires, les actifs de l'entreprise et ses profits ne cessent d'augmenter à un rythme accéléré (voir tableau suivant).

Principales rubriques des états financiers 1970-1985

(en milliers de $)

  Revenus de primes Revenus totaux Surplus (déficit) Actif total Placements Engagements Avoir des assurés
1970 21 120 21 612 208 10 415 7 204 7 116 2 068
1971 18 113 18 799 (995) 8 247 6 241 6 556 1 070
1972 20 291 21 018 (971) 9 562 6 666 7 955 943
1973 23 472 23 969 325 11 746 8 417 9 940 1 268
1974 27 282 28 079 387 18 219 15 178 14 715 1 619
1975 28 880 30 506 385 24 561 21 560 21 908 1 479
1976 36 230 38 564 483 33 229 30 367 30 579 1 924
1977 44 890 48 394 791 49 004 46 473 45 396 2 715
1978 54 153 59 467 701 71 547 67 152 63 622 5 712
1979 65 721 74 780 650 108 232 104 021 98 917 8 032
1980 74 810 87 092 649 141 346 136 140 129 116 10 032
1981 84 489 100 816 1 233 172 968 165 793 161 308 9 295
1982 73 620 95 312 1 319 200 441 194 429 186 538 11 743
1983 94 629 120 611 1 764 243 834 235 879 224 007 18 172
1984 118 946 148 229 2 228 287 887 277 625 267 597 18 023
1985 145 962 184 998 4 533 360 572 349 038 327 030 31 235

L'augmentation du chiffre d'affaires SSQ, surtout dans les secteurs des assurances vie et salaire et dans celui des rentes, accroît substantiellement les fonds disponibles pour placements. La mutuelle éprouve donc le besoin de structurer davantage sa politique en ce domaine.

Dans cet esprit, SSQ a déjà mis sur pied en 1970 un comité de placements. Le comité se compose au départ de « quatre membres dont deux administrateurs, soit MM. P.-H. Plamondon et V.-B. Laurin, et de deux membres de la direction interne, soit le directeur général, M. J. de la Chevrotière, et le contrôleur financier, M. M. Poulin »20. Il se compose aujourd'hui de trois membres du Conseil d'administration dont le président, de trois gestionnaires de la Société et d'un conseiller en placements.

Ce comité, formé avec le mandat initial de gérer les deux fonds séparés servant de base aux régimes de rentes (fonds d'actions A et d'obligations B), pilote aussi les investissements provenant des fonds généraux de la Société. « Le comité se réunit habituellement une fois par mois et voit à placer, de la meilleure manière possible, les avoirs des divers fonds de la Société »21. Il gère ces fonds en conformité avec les principes et priorités établis par le Conseil d'administration.

Dans ses décisions, le comité poursuit un double objectif : investir de façon sécuritaire tout en obtenant le meilleur rendement possible. SSQ privilégie les placements dans les entreprises à caractère coopératif et dans les PME québécoises, à condition, bien sûr, qu'on puisse en attendre un rendement raisonnable. De plus, elle concentre la majorité de ses investissements au Québec. La Société essaie, en outre, d'être présente dans toutes les régions : pour réussir cette régionalisation, elle utilise surtout les placements obligataires. SSQ prête ainsi aux municipalités, aux hôpitaux, aux établissements scolaires et aux universités du Québec. Ce type de placement à rendement élevé, sécuritaire et à court terme demeure pendant longtemps le secteur d'investissement privilégié chez SSQ. « En 1978, le portefeuille d'obligations englobe encore 83,7 % de l'ensemble des placements gérés par le comité ». Cette proportion tend cependant à diminuer progressivement (69 % en 1984).

Nouveaux revenus, nouveaux placements

Avec le temps, la proportion de l'assurance-maladie dans les revenus de la Société diminue alors que l'assurance-salaire, l'assurance-vie et les régimes de rentes prennent de l'importance. Ses revenus, en conséquence, proviennent de moins en moins souvent de garanties à court terme. Les revenus des primes d'assurance-invalidité prolongée et de régimes de retraite donnent même à la Société la possibilité de procéder à des investissements à plus long terme. La croissance de l'actif SSQ donne aussi au comité de placements une plus grande marge de manœuvre, marge dont le comité se sert pour diversifier les placements encore davantage.

Ainsi, en 1973, la Société n'investissait que 5 % de ses fonds généraux dans des placements en actions. Sept ans plus tard (1980), ce genre de placements en représente 12 %. « Ce sont des placements facilement réalisables qui, en plus, peuvent générer des gains de capital ». Avantageux sur le plan fiscal, ce type de placements comporte toutefois un risque plus élevé et requiert la participation de spécialistes des marchés financiers.

Autre signe de l'évolution des revenus, SSQ s'interroge, dès 1976, toujours par le biais de son comité de placements, sur la possibilité de consentir des prêts hypothécaires. La décision mûrit lentement. En 1979, le comité présente au Conseil d'administration, qui l'approuve aussitôt, un programme de mise en marché de prêts hypothécaires. L'année suivante (1980), le service de prêts hypothécaires commence ses activités :

La Société peut effectuer directement des prêts avec les emprunteurs. Les prêts consentis portent sur les propriétés unifamiliales et à logements multiples. Ces prêts peuvent porter sur de nouvelles constructions, le refinancement de propriétés déjà construites, les coopératives d'habitation, ainsi que les logements comportant une formule de copropriété.

Actif, engagements et revenus 1964-1985

(en milliers de $)

 

Avoir des assurés et surplus (déficit) 1964-1985

(en milliers de $)

 

La Société forme un comité d'hypothèques, chargé d'autoriser ces prêts. Le Comité ne manque pas de travail car, à la fin de la toute première année d'activité, les prêts hypothécaires approuvés atteignent 1,4 million de dollars. Ces placements, éminemment rentables en période de taux élevés et pourtant très rassurants, constituent par ailleurs un service additionnel aux membres.

Une tête de pont dans l'immobilier

Toujours dans le domaine de l'immobilier, la Société s'intéresse de plus en plus à l'acquisition de propriétés.

La réalisation la plus importante de l'année 1979 sur le plan financier s'avère la prise de possession de l'édifice SSQ, cinq années avant la date normale d'acquisition. Le déboursé en 1979 n'est que de 2,6 millions de dollars et nous pouvons inscrire à l'actif un immeuble dont le coût est de 4,1 millions mais dont la valeur dépasse largement ce montant.

Pour ce faire, SSQ rachète les titres des autres actionnaires des Immeubles d'Argenson, cette corporation que la mutuelle avait formée en 1968 afin de construire son siège social.

 

En 1982, la Société immobilière SSQ inc. acquiert 50 % du complexe Parc Samuel-Holland sur le chemin Ste-Foy à Québec.

En réalité, les dépenses qu'encourt désormais la mutuelle à titre de propriétaire unique et direct ne diffèrent guère des frais qu'elle assumait déjà. SSQ, en effet, soutenait financièrement la corporation en lui prêtant l'argent nécessaire à l'entretien et à la réparation de l'édifice. À titre d'exemple, la mutuelle avait avancé aux Immeubles d'Argenson 800 000 $ en 1977 pour régler des problèmes de condensation et d'infiltration d'eau et pour réparer la toiture. L'achat de l'immeuble, d'autre part, a pour conséquence que les revenus de la corporation reviennent maintenant entièrement à SSQ. Ces revenus, qui proviennent essentiellement de la location d'espaces à bureaux, notamment à la Régie des rentes, atteignaient déjà 800 000 $ en 1979. Ajoutés à la plus-value que l'édifice prend, ces revenus rendent l'investissement fort attrayant.

La possibilité d'investir dans le complexe Parc Samuel-Holland amène SSQ à créer rapidement une filiale chargée d'œuvrer dans le domaine immobilier. Ainsi, en 1982, la Société immobilière SSQ inc. acquiert 50 % du complexe Parc Samuel-Holland. Cette filiale, dont toutes les actions appartiennent à SSQ, est gérée par un groupe d'administrateurs élus parmi les membres du Conseil d'administration et les gestionnaires de la Société (7 membres au minimum, 10 au maximum). Cette même année, la mutuelle avance à sa filiale immobilière les fonds nécessaires à un important investissement dans le centre commercial Rockland à Montréal. Enfin, en 1984, la Société immobilière SSQ inc. acquiert le complexe immobilier Les Jardins de Coulonge, à Sillery.

SSQ, on le constate, favorise de plus en plus ce type de placements. En effet, contrairement à ce qu'était la situation dix ou quinze ans plus tôt, la Société peut désormais, grâce à la diversification de ses garanties et à l'augmentation de ses actifs, oser ces investissements extrêmement rentables... et en profiter !

La grande rentabilité et la diversité des placements de la mutuelle découlent elles-mêmes de la solidité financière que la Société a acquise et développée en misant de plus en plus, depuis les années 1970, sur l'offre de garanties à long terme. Ces garanties, en effet, provoquent l'accumulation de fonds importants qui donnent accès aux meilleures occasions sur les marchés financiers et immobiliers.

En définitive, SSQ place donc ses revenus à long terme dans l'économie québécoise. La mutuelle, du même coup, remplit de mieux en mieux un rôle d'agent de développement, en particulier dans la PME et dans l'immobilier.

Voilà une décennie au cours de laquelle l'image de SSQ s'est précisée, l'exercice de la démocratie coopérative s'est modernisé et l'ouverture de la Société aux différents secteurs a été affichée clairement. L'envergure de l'entreprise s'est reflétée dans ses communications avec les assurés et son accession à des marchés financiers nouveaux.

Conclusion

Les années 1944-1984

SSQ, dans les années 1940, faisait ses premiers pas avec l'appui du clergé et des coopératives. Au cours des années 1950 et 1960, la mutuelle réussit son décollage grâce à une percée dans le monde syndical. Pour leur part, les décennies 1970 et 1980 ont exigé et exigent toujours de SSQ une adaptation rapide, éclairée et constante aux profonds changements de la société et de l'économie québécoises.

Il y eut d'abord une adaptation inévitable, forcée en quelque sorte. La mise en vigueur du régime public d'assurance-maladie l'exigeait de façon péremptoire. Tirant profit de l'expérience vécue lors de la naissance de l'assurance-hospitalisation, la mutuelle réussit ce nouvel ajustement mieux que la plupart; elle combla ses pertes en complétant les protections étatiques et en développant les autres secteurs de l'assurance collective (assurance-vie, assurance-salaire, régimes de rentes...). Même stratégie lors de l'adoption, en 1965, du Régime de rentes du Québec.

Ainsi, malgré l'intervention de l'État-providence, SSQ n'a jamais quitté le domaine de la sécurité sociale. Plus paradoxal encore, le champ de l'activité privée, plutôt que de se rétrécir dans ce domaine, ne cesse de s'élargir. Parce que, sans doute, les administrateurs SSQ savent à la fois déceler les aspirations du public, évaluer les gestes de l'État et lire correctement les fluctuations du marché.

Moins spectaculaire, mais aussi impressionnant, le cheminement de SSQ l'a conduite jusqu'à une formule de gestion remplie de promesses, et cela, autant à l'interne (personnel, administration, etc.) qu'à l'externe (clients-membres). Ce nouveau mode de gestion, en effet, a inséré la communication et la circulation de l'information au cœur même de la pratique mutualiste. Pourvue de ces nouveaux instruments et revigorée par ce nouvel esprit, la coopération, chez SSQ, parvient mieux à respecter à la fois les exigences de la démocratie et celles de l'efficacité.

On comprend mieux, dès lors, que l'entreprise ait pu, malgré des heurts, réussir son virage technologique. La pression exercée par l'informatique et la spécialisation croissante des tâches a, bien sûr, exigé son dû, mais l'entreprise a néanmoins conservé ses traits coopératifs.

En plaçant l'accent sur le développement des garanties à plus long terme, SSQ s'est dirigée, à tâtons peut-être au départ, mais bientôt avec une grande lucidité, vers la solide rentabilité indispensable à une entreprise d'assurance. Elle a maintenant franchi ce seuil. Elle a accès, en effet, à des capitaux qu'elle peut investir sur de longues périodes. Elle peut, en outre, protégée qu'elle est par la diversité de ses placements, oser des investissements plus spéculatifs, mais aussi plus rentables. Il en résulte pour l'ensemble de l'entreprise des placements plus fructueux.

SSQ s'est adaptée aux profondes mutations économiques et elle en sort plus forte. Déjà, cependant, se dessinent de nouveaux défis et des voies inédites. Saura-t-elle, encore une fois, survivre et prospérer en coopérative rentable ? On ne saurait en douter !

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  1. Rapport du comité spécial sur la représentation des membres à l'assemblée annuelle (22 février 1973). 
  2. Ibid
  3. Note de M. de la Chevrotière à M. J.-C. Tremblay (9 octobre 1973). 
  4. Rapport du comité d'étude sur la représentation des membres à l'assemblée générale, 14 février 1974. 
  5. Procès-verbal du comité des assemblées régionales (2 décembre 1974). 
  6. Procès-verbal du Conseil d'administration (23 septembre 1976, pp. 757-758). 
  7. Texte destiné à l'assemblée d'information sur la représentation des membres par voie de délégation. 
  8. Procès-verbal du Conseil d'administration (30 novembre 1976, p. 778). 
  9. Procès-verbal du Conseil d'administration (23 juin 1972, p. 621). 
  10. Rapport annuel SSQ (1982, p. 3). 
  11. Ibid., p. 3. 
  12. Entrevue avec M. J.-C. Tremblay, été 1984. 
  13. M. Marquis (lettre au Surintendant des assurances du Nouveau-Brunswick, décembre 1981). 
  14. Amendement à la charte SSQ (loi privée no 142, sanctionnée le 15 juillet 1964). 
  15. Procès-verbal du comité exécutif (17 mai 1978, p. 620). 
  16. Rapport annuel SSQ (1976, p. 7). 
  17. Lettre de Létourneau et Ass. à M. de la Chevrotière, 16 août 1973. 
  18. Lettre de M. de la Chevrotière à M. Larochelle, du ministère fédéral du Revenu, 7 janvier 1974. 
  19. Procès-verbal du Conseil d'administration (3 décembre 1975, p. 729). 
  20. Procès-verbal du Conseil d'administration (22 février 1972, p. 607). 
  21. Ibidem