​Un nouveau départ (1993-2001)

 

 

Les faillites successives de Les Coopérants en 1992, de La Souveraine Vie de Calgary en 1993 et de la vénérable Confédération Vie de Toronto en 19941 ébranlent fortement l'industrie canadienne de l'assurance de personnes. Liée surtout aux difficultés dans l'immobilier, cette crise ne modifie cependant pas les tendances lourdes de l'évolution du secteur. La restructuration de l'industrie amorcée plus tôt se poursuit en effet, avec des regroupements très importants au tournant des années 2000, dans un contexte de démutualisation et d'inscriptions en bourse.

Avec l'appui des syndicats, et plus particulièrement du Fonds de solidarité FTQ, SSQ opère un redressement de sa situation financière qui lui permet de poursuivre ses activités, de développer de nouveaux produits et de conquérir de nouveaux marchés. Elle continue à assumer sa mission auprès de ses membres en créant de nombreux emplois pour les jeunes. Après avoir traversé la tempête, elle s'impose face à la concurrence en misant sur ses valeurs mutualistes et sur un modèle de gouvernance original, pour atteindre ses objectifs. Elle se distingue ainsi de plusieurs autres compagnies mutuelles, qui choisissent de se convertir en sociétés à capital-actions pour faciliter leur développement.

Si elle demeure fidèle à ses origines, la mutuelle s'adapte au nouveau contexte économique en se transformant graduellement en un véritable groupe financier, spécialisé en assurance collective, mais de plus en plus actif dans le secteur de l'épargne en vue de la retraite et de l'assurance générale. La Mutualité, Société d'assurance-vie inc. est vendue à L'Union-Vie en 1993, transaction qui n'a pas trop d'impact sur les primes perçues en assurance vie, qui procure à SSQ un gain de capital et qui favorise, avec les autres mesures, la reprise du développement qui s'amorce dès 1994.

La diversification des clientèles en Assurance collective

Au début de 1993, SSQ assure 3 500 groupes différents (secteur hospitalier, fonctionnaires provinciaux, commissions scolaires). Spécialisée en assurance collective, l'entreprise est reconnue pour son expertise avec les grands groupes. Elle en compte une quinzaine en 1992, mais la perte de la Fédération des infirmières et infirmiers du Québec, déjà évoquée, et du Syndicat des fonctionnaires provinciaux du Québec qui suivra, s'avère un coup très dur. Dans ce dernier cas, la relation d'affaires avait débuté en 1976. Pour réduire les fluctuations de ses activités, SSQ VIE se tourne donc vers le réseau des courtiers d'assurance collective pour offrir aux PME les produits et le service traditionnellement associés à son nom.

Entrepris en 1994 et poursuivis en 1995, les efforts auprès des petits et moyens groupes afin d'accroître la clientèle ne tardent pas à porter leurs fruits. En effet, la proportion des affaires d'assurance collective provenant du secteur privé passe de 28 % en 1993 à 39 % en 1996.2 En 2001, au moment d'amorcer une nouvelle étape de son développement, 45 % du million d'assurés de SSQ proviennent du secteur privé.3 L'objectif de diversification des clientèles de l'entreprise reconnue pour son expertise en assurance collective a donc été atteint et lui procure une base d'affaires beaucoup plus stable.

L'assurance médicaments

Durant toute son histoire, SSQ a été confrontée à plusieurs reprises à la question des régimes publics d'assurance. Après l'établissement de l'assurance maladie et de l'assurance automobile sans égard à la responsabilité, pendant les années 1970, le gouvernement s'intéresse aux médicaments à compter de 1994 dans le cadre de la réforme des services de santé marquée notamment par ce que l'on a appelé « le virage ambulatoire ».

Le Regroupement des assureurs de personnes à charte du Québec joue un rôle déterminant dans l'instauration du régime général d'assurance médicaments le 1er janvier 1997. En effet, on voulait un régime qui assure l'ensemble des Québécois. L'objectif est atteint puisque les assureurs couvrent toutes les personnes susceptibles d'être couvertes par un régime d'assurance collective. Quant au gouvernement, il met en place un régime public pour tous les autres Québécois. Les assureurs privés collaborent au bon fonctionnement du nouveau programme en offrant leur expertise et en procédant aux ajustements nécessaires aux régimes collectifs en vigueur, qui couvrent plus de 4,2 millions de personnes en 2001.

L'assurance médicaments devient un véritable enjeu de société au tournant du millénaire avec le vieillissement de la population. La mise au point constante de nouveaux médicaments par l'industrie pharmaceutique et l'augmentation de leur utilisation au-delà des prévisions affectent les coûts du système, ce qui pose un défi de taille au gouvernement et aux assureurs.4

Les produits d'investissement et de retraite

En matière d'investissements liés à la retraite, secteur qui représente 11,3 % des revenus de primes en 1993, la concurrence est très vive. Le marché des REER, en particulier, est convoité par les différentes institutions financières. SSQ essaie de s'imposer en s'adaptant aux préférences des consommateurs.

Une nouvelle filiale, Gestion de placements Valorem inc., est constituée en 1994, dans laquelle SSQ VIE détient 55 % des actions. Les gestionnaires chevronnés auxquels l'assureur s'associe alors offrent leurs services-conseils aux détenteurs de portefeuilles institutionnels et privés, en ciblant plus précisément les caisses de retraite d'entreprises industrielles, de municipalités, d'institutions scolaires ou autres.5 Si Valorem est créée dans le but d'offrir à la clientèle des entreprises SSQ un gestionnaire facilement accessible et bien au fait des titres québécois, elle recrute également ses propres clients. Afin de recueillir sa part de l'épargne des particuliers, la filiale lance ainsi en janvier 1997 sa famille de fonds mutuels, distribués par des intermédiaires financiers.6 L'expérience dure moins de deux ans. Valorem se départit de ses fonds en 1999 et se concentre dorénavant sur ses activités de conseiller en placements.7

Durant la décennie 1990, les revenus provenant des produits d'investissement et de retraite reflètent la préférence des consommateurs pour les fonds mutuels et les fonds distincts plutôt que pour des régimes garantis par les assureurs. Ainsi, les fonds distincts de SSQ s'accroissent de 84 millions de dollars, en 1992, à 475 millions de dollars, en 2000. Pendant le même intervalle, les sommes investies sous forme de rentes connaissent une baisse marquée : alors qu'elles étaient de 71 millions de dollars en 1992, elles s'établissent à 13 millions en 1999, et à 22 millions en 2000. C'est au cours de cette période, plus précisément en 1997, que SSQ lance sa nouvelle famille de fonds distincts, les Fonds ASTRA dont l'actif atteindra les 5 G$ en 2014. Quoique encore très jeune chez SSQ, le secteur investissement et retraite est identifié à l'aube du nouveau millénaire comme un des leviers de la croissance future de l'entreprise.8

SSQ, Société d'assurances générales inc.

La filiale de SSQ en assurances automobile et habitation poursuit sa croissance durant les années 1990. En effet, les primes atteignent 39 millions de dollars en 2000, tandis qu'elles se situaient à 14,4 millions en 1992. De plus, à compter de cette date, elle contribue à chaque année aux surplus de SSQ. La mise en marché se fait auprès des groupes, ce qui donne accès à un bassin de clientèle considérable. Afin de répondre à la demande croissante, la filiale se dote d'une succursale à Montréal en 1995. Précédée par la réputation de l'entreprise SSQ, l'équipe des ventes dispose aussi d'outils de plus en plus efficaces et de nouveaux produits adaptés aux besoins de clientèles particulières (travailleurs autonomes, retraités) et de couvertures spécifiques.

Malgré les événements exceptionnels du déluge du Saguenay, en 1996, et de la crise du verglas, en 1998, SSQ, Société d'assurances générales inc. continue à se développer et à contribuer à la rentabilité de SSQ.

SSQ, Société immobilière inc.

Après les difficultés du secteur au début des années 1990, la filiale responsable de la gestion du parc immobilier de SSQ, qui compte le siège social du boulevard Laurier, le complexe Samuel-Holland et le complexe Papineau-Lévesque (dans lequel SSQ détient une participation de 50 % qui sera portée à 100 % en 2000), profite d'une conjoncture plus favorable pour réaliser plusieurs investissements majeurs. Ainsi, elle mène à bien la construction d'un immeuble multilocatif dans le Parc technologique du Québec métropolitain en 1996. Elle entreprend ensuite de rénover le Samuel-Holland, un complexe répondant aux besoins des personnes âgées.

Une nouvelle image de marque : SSQ Groupe financier

 

SSQ, Société d'assurance-vie inc. s'affiche sous l'appellation de « SSQ VIE » après la réorganisation de 1993. Ce sont toutefois les trois initiales que le public retient davantage. À compter de 2000, l'entreprise adopte une nouvelle désignation : SSQ Groupe financier. Plus qu'une nouvelle carte de visite, ce changement témoigne d'une évolution de l'entreprise qui offre une gamme étendue de produits d'assurance, mais aussi des services financiers.

Innovation et modernisation

C'est surtout en matière de technologies de l'information et de la communication que SSQ Groupe financier innove. L'entreprise se maintient à la fine pointe des technologies de l'information. Après avoir amorcé, en 1995, la modernisation de la gestion informatique des affaires en investissement et retraite, l'assureur met en œuvre, à compter de 1998, un important projet qui vise une gestion plus efficace des prestations d'assurance vie et d'assurance invalidité.9 Les logiciels comptables et de gestion des ressources humaines sont alors remplacés, en vue du passage à l'an 2000.10 L'informatique relève encore, à ce moment, de la vice-présidence finances et administration, mais l'entreprise se dote, en 1999, d'une vice-présidence technologies.11 Gilles Mourette se joint alors à SSQ pour en assumer la responsabilité. Les développements s'accélèrent par la suite, notamment avec le recours à Internet.

L'informatique simplifie aussi le règlement des réclamations par les assurés. En assurance médicaments et assurance dentaire, les cartes de paiement gagnent en popularité durant les années 1990. Les services offerts par le CAPSS12 et le Centre Dentaide permettent de déterminer le partage des coûts entre l'assureur et l'assuré beaucoup plus rapidement et avec moins de formalités à remplir.

Les ressources humaines

Pour SSQ Groupe financier, dont l'image de marque correspond au service à la clientèle, le recrutement du personnel, son perfectionnement et les conditions de travail s'avèrent prioritaires. De leur côté, les gestionnaires ont la lourde responsabilité de traduire en gestes concrets la vision des administrateurs qui représentent les intérêts des membres. Au-delà des objectifs de performance financière, ce sont les valeurs mutualistes qui animent les ressources humaines de SSQ.

Au quotidien, c'est sur les employés que repose le succès d'une entreprise qui fournit des services d'assurance. Les personnes qui prennent la relève de Jacques de la Chevrotière et de Léopold Marquis poursuivent dans la voie tracée par ces pionniers en matière de gestion du personnel. Outre des conditions de travail concurrentielles, SSQ Groupe financier se préoccupe également d'offrir des emplois stimulants et enrichissants, et ce, dans un secteur en croissance où plusieurs entreprises se disputent les meilleurs candidats.13

Déjà aux prises avec des difficultés financières, SSQ se voit dans l'obligation de licencier une centaine de personnes après la perte des contrats d'assurance collective des infirmières, en 1992, et des fonctionnaires provinciaux, en 1993.14

Ces mises à pied ébranlent l'organisation, mais ceux qui conservent leur emploi se mobilisent pour relancer l'entreprise. La participation des cadres au capital de la Société en constitue une première manifestation tangible. Avec les employés syndiqués, c'est la consultation que l'on privilégie. Ainsi, le président du syndicat des employés de bureau est associé au comité permanent de développement de la qualité créé en 1993.15 L'année suivante, tous les employés seront invités à rencontrer la direction générale par petits groupes pour échanger sur la situation de l'entreprise et ses objectifs. Ce climat de collaboration n'est probablement pas étranger au fait que la convention collective des conseillers et des représentants est renouvelée, pour la première fois, avant son expiration, en décembre 1994.16

En 1996, le Syndicat des employés de bureau de SSQ est la principale unité de négociation avec 608 membres, alors que les professionnels vendeurs ne sont qu'une vingtaine.17 Il faut préciser que, pour ce corps d'emploi, la syndicalisation est exceptionnelle dans l'industrie de l'assurance. Le personnel non syndiqué est composé quant à lui de 63 cadres, 162 professionnels et 27 employés de soutien administratif.

De 1996 à 2001, c'est le dossier de l'équité salariale qui retient toute l'attention.18 La conciliation travail-famille-loisirs est aussi une préoccupation. SSQ offre à ses employés des possibilités d'emploi à temps partiel et d'horaires variables afin de s'adapter à leurs besoins à ce chapitre.19

Au fil des années, SSQ Groupe financier est devenu un important employeur de la région de Québec. La croissance de l'entreprise fournit des possibilités pour de nombreux jeunes qui peuvent y faire carrière. Plus d'une centaine d'emplois sont créés pour la seule année 1996. Pierre Genest se réjouit alors du fait que 70 % des nouveaux postes aient été décrochés par des moins de 30 ans.20 Le seuil des 1 000 employés est franchi en 2001.

Les changements technologiques

La création de nouveaux postes va de pair avec une transformation du travail. La bureautique est en constante évolution; les outils disponibles sont perfectionnés et le personnel doit adapter ses méthodes de travail. À l'aube de l'an 2000, SSQ dispose de plusieurs centaines de micro-ordinateurs. Ces équipements et leurs logiciels ont été modifiés pour faire face au fameux « bogue de l'an 2000 », qui a eu pour conséquence de sensibiliser les entreprises au problème de la sécurité informatique.21

Dans un secteur aussi compétitif que celui des assurances auto et habitation, la notoriété de l'assureur est un facteur très important. Mais le marketing direct des produits requiert une force de vente efficace, c'est-à-dire qualifiée, responsable et partageant les visées de l'entreprise. Le projet CTI (Convergence téléphonie informatique), dont l'implantation s'amorce en 2000, procure au personnel un nouvel outil de travail qui permet d'optimiser les processus.22 Un code d'éthique et d'intégrité est également adopté afin de maintenir la qualité du service.

« Parce que croissance et bien-être des employés vont de pair, nous veillons à créer un milieu de travail dynamique, axé sur la personne».23 La phrase exprime une vision qui se traduit concrètement par diverses mesures, en particulier des activités de formation et de perfectionnement du personnel. Chaque année, SSQ investit entre 3 % et 5 % de sa masse salariale dans le développement des compétences de son personnel, notamment avec l'accès gratuit à des cours LOMA24 spécialisés en assurance, des séances de formation sur le travail d'équipe, des conférences sur la coopération et le mutualisme, des bourses d'études dans des programmes de formation liés à l'emploi, des ateliers de conversation anglaise, des cours de micro-informatique, etc.25

Maurice Savoie : patron des ressources humaines

Jusqu'en 2004, le personnel de SSQ est sous la responsabilité de Maurice Savoie, vice-président ressources humaines. Face à ses collègues actuaires de la direction générale, celui-ci a toujours soutenu que la force de SSQ était d'abord son capital humain. Il est particulièrement fier de l'équipe de cadres et de professionnels qu'il a recrutés au fil des ans : des jeunes gens qualifiés désireux de travailler en équipe au développement d'une entreprise en expansion. Et c'est avec beaucoup d'émotion qu'il reçoit l'hommage de plusieurs centaines de ceux-ci au moment de son départ, après 33 ans de loyaux services.26 Monsieur Denis Légaré lui succédera.

Les principaux dirigeants

À son arrivée à la direction de SSQ VIE, Pierre Genest restructure l'entreprise par secteurs d'affaires plutôt que par fonctions corporatives. Ses deux principaux collaborateurs sont René Hamel, qui accède à la vice-présidence du secteur de l'assurance individuelle et des rentes, et Richard Bell qui concrétise son rêve de jeunesse en s'occupant du secteur de l'assurance collective. C'est ce triumvirat qui présidera aux destinées de l'organisation durant les vingt années suivantes.

Le président Yves Demers

Le notaire Yves Demers conserve ses responsabilités après la réorganisation de 1993. Avec le double titre de président du conseil d'administration de SSQ VIE et de président de SSQ, Mutuelle de gestion, il s'efforce de concilier les intérêts de l'entreprise, représentée par ses actionnaires, avec ceux des groupes d'assurés. Ardent défenseur des valeurs mutualistes, il sait inculquer ses convictions à tous ses collaborateurs. « Non seulement s'est-il assuré que l'entreprise s'allie à des partenaires qui partagent des valeurs communes, mais il a également permis à l'entreprise d'étendre ses activités au-delà des frontières québécoises, et ce, en conservant son identité mutualiste27 », rappelle‑t‑on au moment de le décorer de l'Ordre du Mérite coopératif et mutualiste québécois, en 2008.

Yves Demers se retire en 2006, après avoir consacré 28 ans de sa vie à SSQ, comme secrétaire du conseil jusqu'en 1990, puis comme président du conseil.

Pierre Genest et la réorganisation

Pierre Genest dirige SSQ jusqu'en 2001. La réorganisation qu'il effectue par étapes vise à intégrer à la gestion le principe de responsabilisation des différents secteurs d'activités de l'entreprise. En 1997, un nouveau pas est franchi avec le réaménagement de certaines directions générales. L'actuariat institutionnel, la comptabilité et les placements sont regroupés sous une même vice-présidence qui sera dirigée par Serge Boiteau. Cette vice-présidence, qui évaluait déjà les engagements de la Société, supervisera désormais les placements destinés à garantir ces engagements.28 La vice-présidence stratégies, développement et technologie se charge de la planification globale à moyen et long terme et des orientations des activités. Elle est placée au cœur des projets d'acquisitions, d'alliances et de développement de nouveaux créneaux.29

Quant à la technologie, elle revêt une telle importance qu'on en fera une vice-présidence distincte en 1999. Enfin, les communications institutionnelles rattachées d'abord, en 1997, à la vice-présidence ressources humaines, seront confiées au nouveau secrétaire général, en 2000.30

En 2000, la nomination de Richard Bell au tout nouveau poste de premier vice-président exécutif assurance et investissement déclenche un remaniement interne qui touche plusieurs fonctions. Ainsi, René Hamel devient premier vice-président assurance collective et Johanne Goulet, première vice-présidente investissement et retraite. De même, Maurice Savoie, Serge Boiteau et Gilles Mourette deviennent eux aussi premiers vice-présidents. Ces appellations témoignent de la valeur conférée à ces responsabilités au sein de l'entreprise.31 Par ailleurs, les directeurs des ventes et du marketing en assurance collective, secteur privé et secteur public, et en investissement et retraite sont promus au rang de vice-présidents, ce qui démontre une volonté d'accentuer les efforts de promotion et de mise en marché. La restructuration n'affecte pas les directions des principales filiales de SSQ, dirigées par un PDG et des vice-présidents.

En 200132, Pierre Genest est appelé par Henri Massé à relever un nouveau défi auprès du Fonds de solidarité FTQ qui traverse une période difficile. Ses états de service au sein de SSQ en font un candidat logique pour ramener le Fonds vers la rentabilité. On salue son départ de SSQ Groupe financier en ces termes : « Homme de groupe, homme d'équipe, Pierre Genest aura animé une direction forte, compétente et solidaire. Son successeur, Richard Bell, en a d'ailleurs émergé dans une unanimité qui annonce la continuité».33

Les administrateurs et la gouvernance

Le conseil d'administration de SSQ, Société d'assurance-vie inc. qui chapeaute le Groupe, est composé de représentants du milieu syndical et d'administrateurs provenant de divers horizons. La majorité des administrateurs sont des membres élus. Les délégués à l'assemblée générale de SSQ, Mutuelle de gestion peuvent être candidats pour siéger au conseil d'administration de la société mère. De fait, à l'exception des actionnaires du Fonds de solidarité FTQ qui ne siègent qu'au conseil de SSQ, Société d'assurance-vie inc., les mêmes personnes se trouvent dans les deux conseils.

Certaines personnes ont été administrateurs de SSQ durant plusieurs années. Victorin-B. Laurin, directeur général de l'Hôtel-Dieu de Québec, a fait son entrée au conseil de 1969 et il a été vice-président de 1971 à 1993.34 Il a aussi présidé le conseil d'administration de la filiale en assurances générales dès sa fondation, en 1986, jusqu'en 1998.35 De même, Jean-Guy Frenette, directeur de recherche et conseiller politique à la FTQ avant de passer au Fonds de solidarité, qu'il avait contribué à mettre sur pied en 1983, se retire du conseil de SSQ en 2004.36 Il a consacré plus de deux décennies de sa vie à SSQ et il a joué un rôle important lors de son sauvetage en 1992-1993. Il était depuis quelques années deuxième vice-président. Étienne Giasson, conseiller syndical de la CSN se dévoue durant 20 ans, soit de 1979 à 1999, au conseil de SSQ.

En général, les administrateurs siègent plusieurs années au conseil de SSQ. Les principales centrales syndicales et les grands groupes de syndiqués des secteurs public et parapublic jouent un rôle très important, mais les représentants de SSQ et d'autres milieux socio-économiques viennent diversifier les expériences. De plus, les membres du conseil d'administration de la mutuelle qui ne font pas partie du conseil de la société mère assistent aux réunions.

La « différence mutualiste »

L'attachement au modèle mutualiste est devenu un caractère distinctif de SSQ Groupe financier. Il a survécu à l'importante restructuration interne de SSQ VIE en 1993 et à la vague de démutualisation qui a touché le secteur à la fin de la décennie. Tous les titulaires de polices ou de contrats en assurance collective, en assurance individuelle ou en investissement et retraite deviennent de facto des copropriétaires de SSQ Groupe financier. L'entreprise affirme sa différence en promouvant les valeurs coopératives, par son engagement social et par des investissements responsables.

L'administration de SSQ, Mutuelle de gestion

SSQ, Mutuelle de gestion est la gardienne des valeurs mutualistes du Groupe.

Jusqu'en 2006, les membres sont invités à une série d'assemblées régionales qui se tiennent dans les différentes régions de la province. Durant les années 1990, c'est César Simon, secrétaire général des entreprises SSQ, qui organise et anime ces assemblées, et ce, jusqu'en 2001. Ève Giard lui succède et quelques années plus tard, Hélène Plante prend la relève. Lors de ces assemblées, on y fait état des activités de l'entreprise, mais c'est en plus l'occasion de recueillir les commentaires des utilisateurs et des administrateurs de régimes d'assurance.37 Des séminaires sont aussi organisés dans le cadre de ces rencontres. Au début des années 2000, un comité pour la promotion des intérêts mutualistes, composé d'administrateurs et d'employés, est mis sur pied afin de chercher les moyens d'améliorer la participation à ces assemblées et de sensibiliser le personnel à la « différence mutualiste ».

Les assemblées régionales ont surtout pour fonction de choisir les délégués qui seront appelés ensuite à participer à l'assemblée générale de SSQ, Mutuelle de gestion. Ces délégués élisent alors tous les administrateurs de la mutuelle, qui siègent au conseil de SSQ, Société de participation mutualiste inc., la société de portefeuille constituée le 13 septembre 1991.

La vie mutualiste

Le mutualisme plonge ses racines très loin dans le passé. Il s'est développé au XIXe siècle, alors que les pouvoirs publics intervenaient très peu dans le champ de la protection sociale. Il apparaît à l'origine comme une forme de prévoyance par laquelle les membres d'un groupe, souvent d'un même métier, moyennant le paiement d'une cotisation, s'assurent réciproquement une protection en cas de maladie, invalidité, vieillesse, décès, etc., ou encore se garantissent certaines prestations. C'est l'essence de la mutualité qui s'est adaptée au fil des années, notamment en affinant ses méthodes grâce à la science actuarielle. Hier comme aujourd'hui, le but d'une entreprise mutualiste consiste à créer un fonds auquel les membres pourront faire appel en cas de besoin.

Au quotidien, la différence mutualiste se traduit sur le plan des valeurs. L'égalité, l'équité, la solidarité et la démocratie sont au cœur des convictions qui animent les dirigeants, dont l'objectif premier est d'assurer la pérennité de l'organisation.

Aux autres échelons de l'entreprise, les valeurs mutualistes sont promues par un comité mis sur pied en 1994.38 Ce comité de promotion des intérêts mutualistes est à l'origine de la création d'un programme de formation destiné au personnel des entreprises SSQ.

L'intercoopération

L'adhésion de SSQ Groupe financier aux valeurs de la coopération se manifeste aussi par la participation à diverses associations québécoises et internationales qui défendent ce modèle économique.

Ainsi, le Conseil québécois de la coopération et de la mutualité a pour mission de participer au développement social et économique de la province en y favorisant le plein épanouissement du mouvement coopératif et mutualiste, et ce, en accord avec les principes et les valeurs de l'Alliance coopérative internationale.

SSQ Groupe financier figure également parmi les membres fondateurs de la Fondation pour l'éducation à la coopération et à la mutualité, qui voit le jour en 1994. L'entreprise soutient depuis sa création cette organisation vouée elle aussi à la promotion du modèle coopératif.

Sur le plan international, SSQ adhère en l'an 2000 à l'International Cooperative and Mutual Insurance Federation (ICMIF). « À l'heure de la mondialisation, écrit Yves Demers, notre adhésion à cette organisation apparaît des plus pertinentes en nous permettant l'accès à un réseau mondial d'entreprises mutualistes».39 Et elle demeure très active au sein de l'organisation québécoise de développement international SOCODEVI. Au fil des années, SSQ Groupe financier a pu partager son expertise dans le domaine de l'assurance avec des pays en voie de développement dans le cadre de missions à l'étranger.

L'engagement dans la communauté

Issu d'un quartier ouvrier de la basse-ville de Québec, SSQ Groupe financier est une institution financière très impliquée dans la communauté, d'abord par ses dons et commandites et ceux de sa fondation, mais aussi à travers l'engagement personnel bénévole de ses employés et dirigeants.

 

La Fondation SSQ a mis la résidence de son fondateur, Dr Jacques Tremblay, à la disposition du Pignon Bleu, un organisme communautaire situé dans le quartier Saint-Sauveur à Québec, comme en témoigne cette plaque apposée sur la maison.

En vertu de son adhésion à l'organisme Imagine Canada, SSQ consacre un minimum de 1 % de son bénéfice avant impôts en dons à des organismes dédiés au développement de la communauté. L'entreprise possède aussi, depuis 1996, sa propre fondation.

Jusqu'en 1994, les dons institutionnels vont à Centraide, aux universités, à des établissements de santé et à l'éducation coopérative. Très actif dans Centraide-Québec, Pierre Genest préside la campagne de 1996. L'entreprise se distingue par le taux élevé de participation de ses employés aux levées de fonds annuelles de l'organisme. En 2000, elle est d'ailleurs récipiendaire du Prix Affaires et engagement social remis conjointement par Centraide-Québec et la Chambre de commerce et d'industrie du Québec métropolitain. Ce prix, décerné alors pour la première fois, reconnaît l'engagement exceptionnel d'une entreprise de la région et de son personnel dans des causes humanitaires et des projets de développement social.40

La Fondation SSQ est créée à l'occasion du 50e anniversaire de l'entreprise, en 1996, à l'instigation d'Yves Demers et de Pierre Genest. Elle est alimentée par une contribution annuelle des entreprises du Groupe. Durant les premières années, le seul projet qui est financé est l'achat et la restauration de la maison du Dr Tremblay dans le quartier Saint-Sauveur, qui a été le siège social de la coopérative Les Services de Santé de Québec. Un des services de l'organisme sans but lucratif le Pignon Bleu, qui vient en aide aux jeunes familles en difficulté, occupe le rez-de-chaussée de cet édifice qui est publiquement identifié comme « La Maison SSQ ».41

L'engagement personnel des dirigeants de SSQ s'ajoute à ce bilan social. Leur participation à des conseils d'administration d'organismes philanthropiques ou socio-économiques représente des contributions significatives au milieu.

Au départ de Pierre Genest, SSQ Groupe financier est une institution financière solide avec une équipe de gestionnaires qui abordent l'avenir avec confiance et vision. En respectant son caractère mutualiste, le Fonds de solidarité FTQ a assuré la pérennité d'une organisation qui avait placé, jusque-là, le service aux membres et les valeurs sociales au-dessus des intérêts économiques. L'arrivée des actuaires aux postes de décision en fait une entreprise axée un peu plus sur le développement des affaires, mais sans renier l'héritage social des fondateurs de la coopérative Les Services de Santé de Québec.

SSQ Groupe financier : présent dans son milieu d'hier à aujourd'hui

 

52, avenue des Oblats, Québec
Le bureau du docteur Tremblay tiendra lieu de local pour la coopérative de santé, de 1944 à 1949.

 

38, rue Caron, Québec
La Société déménage dans un immeuble de la Caisse populaire Jacques-Cartier et y restera de 1950 à 1958.

 

190, rue Dorchester, Québec
SSQ déménage sur la rue Dorchester en 1958. En 1968, SSQ louera temporairement la maison de la Congrégation des Frères des Écoles chrétiennes, en attendant d'emménager dans ses nouveaux locaux du boulevard Laurier.

 

2525, boulevard Laurier – Siège social SSQ, Québec
En 1969, SSQ s'installe sur le boulevard Laurier.

 

1245, chemin Ste-Foy, Québec
SSQ a été propriétaire du Parc Samuel-Holland de 1982 à 2003 et continue d'y occuper des bureaux à titre de locataire.

 

1200, avenue Papineau – Complexe Papineau-Lévesque, Montréal
Cet édifice acheté en 1984, sera revendu en 2010. SSQ continue d'y occuper des bureaux à titre de locataire.

 

2525, boulevard Laurier – Siège social SSQ, Québec
La Tour des Laurentides, construite en 1989, s'ajoute à la Tour Saint-Laurent inaugurée en 1969.

 

110, avenue Sheppard Est – SSQ Place, Toronto
Cette acquisition réalisée en 2010 contribue à l'essor de la Société en Ontario.

 

2505 et 2515, boulevard Laurier – Édifice Roland-Giroux, Québec
Cet immeuble a été inauguré en 2005. Les employés de SSQauto sont logés au 2515, boulevard Laurier et plusieurs employés de SSQ au 2505.

 

1225, rue Saint-Charles Ouest – Tour SSQ, Longueuil
La Tour SSQ est présentement en construction et ouvrira ses portes en 2016. Tous les employés de la grande région de Montréal y seront accueillis.

 

2475, boulevard Laurier, Québec
Construit en 1961 et acquis en 2014, cet édifice de trois étages permettra à SSQ de regrouper tous ses employés de Québec dans le même secteur du boulevard Laurier.

Chapitre suivant : Croissance et diversification dans le respect des valeurs (2002-2011)


  1. Assuris, « Historique des insolvabilités », (page consultée le 28 mai 2013).
  2. SSQ VIE, Rapport annuel 1996, p. 5.
  3. SSQ Groupe financier, Rapport annuel 2001, p. 12.
  4. SSQ VIE, Rapport annuel 1995, p. 14-15. Assemblée nationale du Québec, Journal des débats, Commission permanente des affaires sociales, Fascicule n° 25, 22 février 2000, p. 18, Regroupement des assureurs de personnes à charte du Québec (RACQ), Témoignage de Pierre Genest, (page consultée le 22 juillet 2013).
  5. SSQ, Mutuelle de gestion, Rapport annuel 1994, p. 7.
  6. SSQ VIE, Rapport annuel 1996, p. 26.
  7. SSQ VIE, Rapport annuel 1999, p. 35.
  8. SSQ Groupe financier, Rapport annuel 2000, p. 19.
  9. SSQ VIE, Rapport annuel 1998, p. 5.
  10. Ibid.
  11. SSQ VIE, Rapport annuel 1999, p. 5.
  12. Centre d'autorisation et de paiement de services de santé.
  13. Rose-Line Brasset, entrevue avec Maurice Savoie, 7 novembre 2012.
  14. Rose-Line Brasset, entrevue avec Pierre Genest, 10 décembre 2012.
  15. SSQ VIE, Rapport annuel 1993, p. 5.
  16. SSQ VIE, Rapport annuel 1994, p. 10.
  17. Commission de l'équité salariale, Dossier no 400-00830…, 6 décembre 2005, p. 2, (page consultée le 2 juillet 2013).
  18. SSQ Groupe financier, Rapport annuel 2002, p. 11.
  19. SSQ Groupe financier, Bilan social 2002, p. 3.
  20. SSQ VIE, Rapport annuel 1996, p. 7.
  21. SSQ VIE, Rapport annuel 1998, p. 5.
  22. SSQ Groupe financier, Rapport annuel 2000, p. 20.
  23. SSQ Groupe financier, Rapport annuel 2002, p. 34.
  24. La Société LOMA (Life Office Management Association) de Québec a été fondée en 1981.
  25. SSQ Groupe financier, Rapport annuel 2004, p. 48.
  26. Rose-Line Brasset, entrevue avec Maurice Savoie, 7 novembre 2012. Ces mots ont été consignés dans un album souvenir qu'il conserve précieusement.
  27. Banquet du Conseil québécois de la coopération et de la mutualité, communiqué, 29 mars 2008, (page consultée le 12 août 2014).
  28. SSQ VIE, Rapport annuel 1997, p. 3.
  29. Ibid., p. 4.
  30. SSQ Groupe financier, Rapport annuel 2000, p. 13.
  31. Ibid.
  32. Pierre Genest occupe ses nouvelles fonctions à compter de 2002.
  33. SSQ Groupe financier, Rapport annuel 2001, p. 11.
  34. SSQ VIE, Rapport annuel 1993, p. 2.
  35. SSQ Vie, Rapport annuel 1998, p. 25.
  36. SSQ Groupe financier, Rapport annuel 2004, p. 54.
  37. SSQ VIE, Rapport annuel 1999, p. 3.
  38. SSQ, Mutuelle de gestion, Rapport annuel 1994, p. 5.
  39. SSQ, Mutuelle de gestion, Rapport annuel 2000, p. 3.
  40. SSQ Groupe financier, Rapport annuel 2000, p. 22.
  41. Ibid., p. 23.